La manifestation confisquée
L'Alsace - Le 06/04/09 - Par Dominique Mercier - Hebdo Chronique
L’impression d’une ville « évacuée ».- Alors que Strasbourg vivait, vendredi et samedi, un événement de portée mondiale, la ville était déserte, comme dans l’attente d’une invasion. Les habitants ont observé les recommandations maintes fois répétées de rester chez eux ou même de quitter la ville durant ce week-end de tous les dangers. Malgré tout, l’ampleur des moyens sécuritaires engagés et l’ambiance de guerre régnant dans le centre ville -surtout dimanche- avaient quelque chose d’hallucinant.
Le « crooner » Obama.- Dans ce contexte, la prestation de Barak Obama face à quelques milliers de représentants de la population a eu quelque chose de surréaliste. Ceux – triés sur le volet- qui ont assisté à l’événement du Rhenus (L’Alsace de samedi), sont tombés sous le charme d’un homme qui a « assuré le spectacle » avec la décontraction d’un crooner mais aussi le charisme d’un homme dont émane une étonnante force tranquille. Ce dialogue détendu avec les représentants de la population, alors même que le président américain sortait d’une réunion du G20 où se jouait le sort du monde, a impressionné les participants autant qu’il les a conquis. Barak Obama a écrasé ce sommet de sa présence.
Déficit démocratique.- Le point noir de ces deux journées strasbourgeoises est incontestablement le déficit de démocratie. L’encadrement policier – certes justifié par les menaces pesant sur un tel sommet et sans doute souhaité par une population craignant les débordements - a empêché la manifestation des contestataires de l’Otan, pourtant reléguée au milieu de nulle part (L’Alsace d’hier). Cette pression excessive, autant que les provocations et violences des extrémistes anti-Otan, ont privé les opposants pacifiques d’expression. Dommage.
Strasbourg : Débordements organisés par les flics et mensonges d'état
Communiqué de la Fédération anarchiste, lundi 6 avril 2009
Présente dans la manifestation contre le sommet de l’OTAN, où elle a porté ses revendications antimilitaristes au sein du cortège libertaire, la Fédération anarchiste s’inscrit en faux contre les propos de la ministre des forces de répression visant à accréditer l’idée qu’elles auraient été débordées. Pendant douze heures samedi 4 avril, la quinzaine de milliers de personnes qui avaient pu parvenir sur le trajet n’ont pu accomplir un geste, effectuer un déplacement qui n’ait été contrôlé par des effectifs policiers supérieurs en nombre (11.000 français, 15.000 allemands) et dotés des équipement les plus modernes en la matière : aucun manifestant n’a pu échapper aux caméras postées sur les trois hélicoptères dont le bruit lancinant contribuait à créer une ambiance de guerre, et d’où étaient projetées des grenades lacrymogènes, pas plus qu’il n’était possible d’éviter la surveillance d’un drone, ni celle des caméscopes dont se servaient les CRS, Gardes mobiles et officiers de la BAC. Aucun manifestant ne pouvait s’extraire du parcours imposé par la préfecture dans la zone portuaire, véritable souricière où tous les mouvements du cortège étaient prévus et canalisés, avec un départ au milieu d’ une chicane de camions de CRS disposés pour faire un premier filtrage et, probablement, humilier et provoquer des réactions d’hostilité justifiant l’emploi de la force. Puis c’est pris en tenailles, littéralement bloqué à l’avant et à l’arrière, dans une véritable embuscade militaire, que chacun a dû, mains levées, passer devant une double haie de robocops bien décidés à briser jusqu’au bout le moral des militants qui ne pouvaient imaginer que la police d’une aussi belle démocratie ne pouvait se comporter avec autant de morgue, de sauvagerie, et il faut porter au crédit de la détermination calme des cortèges libertaire et kurde le fait que la fin de la manifestation ne se soit pas soldée par un affolement général et un bain de sang. Même après la dislocation, les manifestants n’ont pas eu le choix de l’itinéraire pour parcourir à pied dans une ambiance de retraite de Russie les dix kilomètres qui les séparaient du camp de la Ganzau ;les faits sont établis, les policiers étaient postés à chaque intersection, à qui fera-t-on croire qu’ils étaient en nombre insuffisant ? La réalité est terrible à admettre, mais il est du devoir politique de la Fédération anarchiste de dire le vrai : cette manifestation a subi une lourde défaite ; pis, le combat revendicatif n’a pas eu lieu, tant les slogans scandés au milieu d’usines désertes paraissaient dérisoires....Dans ces conditions, la thèse des débordements au pont de l’Europe relève du mensonge d’Etat, le choix a été fait de sacrifier un quartier défavorisé pour faire la part du feu, ce choix n’avait d’autre motivation que de justifier la répression et d’empêcher la population de fraterniser avec les manifestants ; le dispositif policier était au point, de l’aveu même d’ Alliot-Marie, et le maire de Strasbourg, qui adopte une posture de dénonciation, était dans la confidence depuis le début, il s’agit donc purement et simplement d’une combinaison cynique dont les habitants d’un quartier défavorisé, plus faciles à punir et à surveiller que les flux de capitaux, ont fait les frais, ce qui, à l’évidence, n’a pas suffi à désolidariser les strasbourgeois des militants.
Pour la Fédération anarchiste, c’est le visage de la guerre des classes dans un très proche futur qui s’est dessiné à Strasbourg pendant le sommet de l’OTAN, pour elle, seul un mouvement social généralisé peut vaincre la brutalité policière et débarrasser la planète des fauteurs de guerre.
Lire aussi : Une volonté délibérée de chaos
Manifestation anti-OTAN du 4 avril 2009
Communiqué commun Attac France, Attac Strasbourg et Attac Vosges du Nord
En préambule, il doit être rappelé qu’après de très longues négociations menées avec la Préfecture par un comité, dont des représentants Attac VDN et Strasbourg faisaient partie, la préfecture avait autorisé la manifestation (sur un trajet différent de celui que nous aurions souhaité) ainsi que la jonction des militants allemands et français sur le pont de Kehl.
Pour avoir participé à la manifestation du 4/3/09, nous dénonçons vivement à travers les points suivants la violence qui a été faite aux manifestants par les forces de l’ordre et qui montre que les autorités françaises représentées par le Préfet, n’ont pas respecté leurs engagements et ont tout fait pour que la manifestation ne puisse avoir lieu.
1. la route, indiquée par la préfecture, pour permettre aux bus, voitures et piétons d’accéder au site de rassemblement de la manifestation a été bloquée par les forces de l’ordre, obligeant les manifestants pacifiques à, soit attendre pendant des heures, soit emprunter d’autres itinéraires, avec le risque de se retrouver à nouveau bloqués ou pris dans des affrontements ;
2. une fois le lieu de rassemblement atteint après un véritable « parcours du combattant », des hélicoptères ont survolé à très basse altitude le rassemblement pourtant pacifique et bon enfant, empêchant les manifestants d’entendre les prises de parole des représentants de groupes politiques, d’associations internationales... et créant une atmosphère plus qu’oppressante ;
3. des grenades lacrymogènes ont été tirées pendant les prises de parole sans la moindre justification, contraignant la manifestation à se former dans la confusion et l’urgence, permettant à des groupes violents de s’infiltrer dans le cortège ;
4. ces éléments violents ont pu passer les frontières alors que le dispositif Schengen avait été levé, soi-disant pour empêcher cela et que, par contre, des manifestants n’ont pu accéder à Strasbourg le 3 avril (conférence au Liexenbuhl sur l’OTAN) et le 4 avril, à cause des dispositifs de blocage mis en place ;
5. les forces de l’ordre ont laissé ces mêmes éléments violents, au demeurant peu nombreux, (dont le Ministère de l’Intérieur se targue pourtant de connaître les identités) détruire l’ancien poste de douane sans intervenir et ont, par contre, empêché 7000 manifestants allemands de rejoindre le rassemblement, comme convenu avec les autorités françaises et allemandes ; comment interpréter les autres destructions que les forces de l’ordre, pourtant en surnombre dans Strasbourg, n’ont pas su (?) empêcher ? Incompétence ou volonté de laisser faire ?
6. les forces de l’ordre, comme c’est leur mission lors d’une manifestation autorisée, n’ont pas assuré la sécurité des manifestants, mais l’ont, au contraire délibérément compromise en laissant les éléments violents agir à leur guise, en déviant la manifestation du trajet initialement prévu, l’amenant de fait dans une souricière pendant que les forces de l’ordre envoyaient sur les manifestants bloqués des grenades lacrymogènes et des flash-balls créant ainsi des mouvements de panique (qui auraient pu avoir de graves conséquences) et une dislocation prématurée de la manifestation.
Il nous apparaît, au vu de tous ces éléments, que non seulement les autorités françaises n’ont pas tenu leurs engagements ni joué leur rôle de sécurisation, mais, au contraire ont tout fait pour que cette manifestation ne puisse se dérouler, quitte à jouer avec la vie des manifestants. Du reste, beaucoup de manifestants ont eu très peur et ont subi un choc psychologique devant ce qui est une première : une agression par les forces de l’ordre d’une manifestation autorisée, ce qui revient à dénier le droit démocratique à manifester.
Les Dernières Nouvelles d’Asace du 5 avril, journal qu’on ne peut qualifier d’opposition, conclut de même : « Le droit de manifester a pris une sacrée claque ».Document d’analyse Après comme avant Strasbourg : Non à l’OTAN !
http://www.france.attac.org/spip.ph...Attac France, Montreuil, le 6 avril 2009
Strasbourg : L'échec après le succès
Chronique d'abonnés - Lemonde.fr - par Eric Stemmelen, commissaire divisionnaire de police (H) - 06.04.09Le Sommet de l'OTAN vient de se terminer à Strasbourg: une organisation sans incident, des forces de l'ordre omniprésentes, des chefs d'Etat satisfaits, même la météo était à l'unisson ! Madame Alliot Marie, Ministre de l'Intérieur, félicite, à juste titre, les forces de l'ordre déployés par milliers.
Une grande réussite donc.
Mais, car il y a un mais, il y avait des casseurs, certes absents de la réunion de l'Otan mais bien présents dans les quartiers populaires de Strasbourg.
Ce n'était pas une surprise, la même Ministre de l'Intérieur, apparemment consciente des risques d'action violentes de la part de certains groupes extrêmistes, déclarait dans une interview sur France 3, le 30 mars 2009: "il faudra aussi protéger les personnes, je veux éviter les dégradations de voitures ou de vitrines par exemple".
Voeux pieux, qui n'y souscrirait pas ? Mais en réalité ce fut un quartier de Strasbourg mis à feu (littéralement) et à sang. C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de morts dans l'incendie de l'hôtel Ibis !
Il est temps de savoir si, comme l'affirme la ministre de l'Intérieur, les forces de l'ordre sont arrivées "très vite" ou si tout un quartier de Starsbourg a été livré non pas à des manifestants mais à des casseurs pendant une heure.
Monsieur Claude GuéantT, Secrétaire Général de l'Elysée , dont on se demande s'il est bien dans son rôle ou s'il est toujours dans celui de directeur général du cabinet de l'ancien ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, affirme qu'il a fallu quelques minutes aux pompiers pour arriver, tout en ajoutant sur Europe 1 :"Ce qui s'est passé est complètement inacceptable".
Que de fois les mots innacceptable, intolérable etc... ont été employés dans la bouche de nos gouvernants sans beaucoup d'effets. Parions que ce n'est pas la dernière fois !
En fait, ce qui est franchement inacceptable, c'est qu'avec le déploiement considérable de forces de l'ordre, on puisse argumenter sur ce qui est un échec manifeste pour la protection des habitants d'un quartier populaire de Strasbourg.
Il ne faudrait quand même pas confondre manifestants et casseurs. D'un coté il s'agit d'ordre public, de l'autre de crimes et de délits.
La police est donc confrontée à un double défi : maintenir l'ordre et interpeller puis déférer à la justice les délinquants. Malheureusement, en France, on a un peu trop tendance et depuis trop longtemps à privilégier le premier au détriment du second : la thérorie dominante consiste à favoriser la dispersion des fauteurs de troubles y compris graves faute d'une véritable volonté d'interpellation.
Comment avec des milliers et des milliers de policiers et de gendarmes mobilisés, a t-on pu se laisser se dérouler des scènes d'émeutes à Strasbourg ? Comment oser dire que les forces de l'ordre ont bien fait leur travail ? Oui pour le Sommet de l'Otan, pour le reste, les Strasbourgeois apprécieront !
Il faut revenir à une évidence qui n'aurait jamais du être perdue de vue : repousser des casseurs à coups de gaz lacrymogènes ou de canons à eau ne sert à rien s'ils reviennent, continuent leurs exactions et restent a fortiori impunis.
Il faut et dès le début des troubles interpeller toute personne qui commet un crime ou un délit, la mettre en garde à vue et la défèrer à la justice : c'est tout simplement l'application du code pénal.
Bien évidemment, tout le monde savait qu'il y aurait des incidents à Strasbourg. Mais avait-on la volonté d'interpeller 1000 à 2000 personnes ? Certainement pas.
Il y a pourtant une impérieuse nécessité à séparer le manifestant du casseur et ceci ne peut se faire avec les seuls CRS ou gendarmes mobiles qui sont des unités constituées, bien entraînées mais pas assez souples dans la réactivité et l'initiative.
Il fallait donc prévoir à Strasbourg 2 à 3000 policiers en civil (chiffre pas si important vu le nombre d'uniformes !) dont l'unique rôle aurait été de neturaliser sans délai et systématiquement tout auteur de ce qu'il faut appeler par son nom : un crime ou un délit ! Il fallait donc renforcer considérablement les services d'enquête judiciaire.
Mais pour cela, il faudrait que le gouvernement prenne bien conscience que la police n'est pas à son service mais au service du public comme l'affirme sans ambiguité, depuis le décret (gouvernemental!) du 18 mars 1986, le code de déontologie de la police nationale dans son article 7.
Avant de se rendre justement à Bastia, Madame Alliot Marie, aurait du rester à Strasbourg pour présenter ses excuses à la population. Cela aurait été le minimum mais déjà, l'absence de la Ministre de l'Intérieur et de l'Outre Mer sur place en Martinique et en Guadeloupe pendant et après les émeutes qui avaient duré plusieurs semaines, avait été remarquée.
Que Madame Alliot-Marie ne se fasse pas trop d'illusions sur sa popularité au sein des forces de l'ordre et notamment parmi la très grade majorité des responsables les plus gradés : elle fait déjà partie des ministres de l'Intérieur que l'on préférera oublier...
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La polémique enfle sur les incidents de Strasbourg
06.04.2009 - Source - On ne peut qu’être d’accord avec Michelle Alliot-Marie lorsqu’elle dit que « les violences ne font pas partie du dialogue démocratique », même si, évoquant les séquestrations de patrons on ne peut qu’être d’accord aussi avec Dominique de Villepin, lorsqu’hier il a pris le contre-pied de son parti en donnant raison à Ségolène Royal après ses propos sur la radicalisation des conflits sociaux. Pour l’ancien Premier ministre «il y a une différence entre comprendre, ou craindre qu'à un moment donné une violence ne monte, et la justifier". "Toute violence est injustifiable" mais "cette violence est au rendez-vous parce qu'il y a un désespoir et il y a une frustration", a-t-il ajouté.
Désespoir et frustration d’un côté, violence aveugle de l’autre
Rien à voir avec l’aveuglement des « black bloc » qui revendiquent clairement avoir participé, ce week-end, aux actions violentes qui ne limitent pas à s’affronter à la police mais également à attaquer la gauche altermondialiste classique, comme le montre explicitement la « Bible » de ces extrémistes, un petit opuscule de 30 pages, non signé, relié artisanalement et simplement titré « Appel ». , révélée sur son blog par Olivier Toscer. Mais si « les violences ne font pas partie du dialogue démocratique », comment expliquer qu’une partie de la population des quartiers les plus déshérités ait été laissée à la merci des violences de ces casseurs, alors que dans le même temps un zèle particulier était mis pour coincer les manifestants « officiels », venus là pour contester l’OTAN ?
D’un côté la passivité, de l’autre un zèle suspect
N’ont-il pas, eux, été conduits dans un sorte d’impasse, dans une rue avec les deux issues complètement bloquées où ils sont été arrosés de gaz lacrymogènes et de tirs tendus de flashballs, alors pendant ce temps l’ancien poste de douane du pont de l'Europe, un hôtel Ibis et une pharmacie du quartier populaire du Port-du-Rhin, situé à proximité de la frontière allemande, étaient incendiés, du fait de l'intervention tardive des forces de l'ordre, une heure et demie après le début des incidents, Et comment interpréter les propos de Michèle Alliot-Marie, lorsqu’elle dit :"Si ce quartier est sacrifié, ce n'est pas du fait de l'Otan, s'il y a des difficultés dans ce quartier, elles existaient bien avant".
Parce qu’il s’agit d’un quartier déshérité, « à problèmes », on a délibérément décidé de le sacrifier ?
Alors qu’il s’agit d’un quartier déshérité, « à problèmes », on délibérément décidé de le sacrifier ? Comment, après de tels comportements et de tels propos, les habitants de ces quartiers ne se seraient-ils pas sentis abandonnés : Jennifer Carbara, une mère de famille de 40 ans, ne comprend pas les retards dans l'arrivée de la police. "Quand un poubelle brûle, la police et les pompiers sont là dans les cinq minutes. Et là, un hôtel brûle et pas de policier en vue pendant longtemps". "Les forces de l'ordre sont arrivées quand tout brûlait déjà. Elles étaient là pour notre protection, mais elles n'ont rien fait. C'est dégradant pour nous. Nous n'avons pas mérité d'être abandonnés comme ça".
Le Maire de Strasbourg a demandé des explications alors que pour Sarkozy « ça s’est bien passé » !
Le Maire de Strasbourg a demandé hier que la lumière soit faite et « que les décisions prises par la chaîne de commandement policière, sous l'autorité du préfet, puissent être expliquées aux habitants du quartier, évidemment choqués, traumatisés et en colère ». Mais les accusations vont plus loin : L'association altermondialiste Attac a estimé lundi que les forces de l'ordre avaient contraint la manifestation anti-Otan de samedi à Strasbourg "à se former dans la confusion et l'urgence, permettant à des groupes violents de s'infiltrer dans le cortège". La multiplication de témoignages convergents dément l’affirmation de Nicolas Sarkozy selon lequel « ça s’est bien passé ».
Sommet de l'Otan: pourquoi Strasbourg a-t-il brûlé?
20 Minutes - 06.04.09
VIOLENCES - Retour sur les affrontements du week-end et une interrogation. Les forces de l'ordre ont-elles abandonné le quartier Port du Rhin, dévasté samedi...
Mais que fait la police? Pendant près d’une heure et demie, samedi après-midi, le quartier Port du Rhin est devenu un no man’s land aux mains des black blocks, qui ont incendié une pharmacie, un ancien poste de douane, un hôtel Ibis et ont aussi saccagé une église. Dans le voisinage, les riverains râlent ce lundi, alors que les photographes amateurs pullulent pour immortaliser les décombres.La police a-t-elle laissé sciemment le champ libre aux casseurs? La question taraude les principaux acteurs de ce samedi de vandalisme. Le sénateur-maire PS de Strasbourg, Roland Ries, souhaitait dimanche «que les responsables de la police expriment la stratégie qui a été menée» et «les raisons pour lesquelles on est arrivé à de pareilles dégradations et à de pareilles exactions».
De son côté, l'association Mouvement pour la Paix, tout en condamnant «très fermement les groupes de casseurs», estime que «les forces de police ont eu un comportement inacceptable». Sur France Inter, le porte-parole du NPA Olivier Besancenot affirme avoir été pris dans «une vraie souricière», accusant les autorités d'avoir «tout fait» pour que la manifestation anti-Otan «parte en schweppes».
Plus grave, un responsable syndical de la police allemande a rapporté lundi que des policiers français auraient refusé des renforts allemands lors des manifestations anti-Otan qui ont dégénéré en violences samedi à Strasbourg. «Des collègues des forces d'intervention (allemandes, positionnés sur le Pont de l'Europe, à la frontière, ndlr) nous ont dit "nous pouvions aider, mais les policiers français n'ont pas voulu"», a expliqué Reiner Wendt, responsable fédéral pour le syndicat de la police DPolG. Il n'a pas pu donner plus de détails: «Nous devons d'abord enquêter sur ce qui s'est passé».
«Les forces de l'ordre n'ont pas pu tout empêcher»
Que nenni, répondent en chœur le ministère de l’Intérieur et la préfecture de police. «Je comprends le traumatisme des habitants de Strasbourg», a dit sur LCI Michèle Alliot-Marie. «Les forces de l'ordre n'ont pas pu tout empêcher» face à des petits groupes de casseurs très mobiles mais ont «permis de protéger les personnes et de limiter les dégâts».
Dans un communiqué dithyrambique, la préfecture, qui refuse de s’exprimer par ailleurs, va plus loin. Elle fait d’abord le constat: «S’agissant de la manifestation du samedi 4 après midi, qui a regroupé 10.000 personnes environ, les incidents ont éclaté dès le début, les organisateurs ayant été totalement débordés ; les manifestants les plus violents (environ 2.000), extrêmement mobiles, se sont attaqués indistinctement à des bâtiments publics et privés.»
Avant de marteler: «Si la préfecture condamne évidemment la violence de ces casseurs et déplore les dégâts constatés, il faut souligner que l’ensemble du dispositif de sécurisation a parfaitement fonctionné comparativement à d’autres sommets de la même importance.» Et de tacler le service d’ordre: «Le constat est également fait que le service d’ordre interne au camp autogéré et de la manifestation du 4 avril a été débordé en permanence et n’a jamais pu assurer de contrôle véritable sur le comportement des manifestants, contrairement à leurs engagements.»
La prise de la voie ferrée
De fait, la BAC est intervenue discrètement pour assurer une évacuation efficace des personnes de l’hôtel Ibis. Mais où était le gros des forces de l’ordre ce samedi après-midi là? Rappelons que près de 9.000 policiers et gendarmes, ainsi que 1.500 militaires et autant de pompiers, avaient été mobilisés pour ce sommet. Deux hypothèses prévalent. Soit les uniformes étaient en d’autres points pour sécuriser les convois d’officiels, soit ils sont restés volontairement en retrait pour ne pas provoquer les manifestants après deux premiers jours houleux. L’Intérieur ne souhaite pas nous éclairer.
Mais même en intervenant, peu après 16 heures, les forces de l’ordre ont semblé perdues dans les ordres et contre-ordres. En témoigne la «prise» de la voie ferrée, qui traverse et surplombe le quartier port de Rhin. Les gendarmes mobiles, bien implantés sur la zone, ont ensuite étrangement rejoint le pied de la butte. Un casseur, puis un deuxième, sont partis en éclaireur sur ce point. Quelques minutes plus tard, près de deux cents membres des black blocks ont surgi pour arroser copieusement les CRS, replié près du poste d'aiguillage rue Coulaux. Pourquoi avoir abandonné un point stratégique?
Il faut noter que les forces de l’ordre ont affronté des black blocks bien préparés, presque dignes d’une organisation paramilitaire, avec des tâches bien définies et des déplacements rôdés. Jeudi et vendredi soir, dans le quartier chaud du Neuhof, ils ont même pu compter sur le soutien de plusieurs habitants de la cité, qui les ont guidés dans les recoins de la cité pendant de violentes échauffourées. Pas ingrats, les contestataires ont aidé les jeunes à éventrer un commissariat pour récupérer des scooters saisis la veille.
Le Neuhof a failli tristement lancer le sommet quand, à l’arrière d’une jeep militaire attaquée à coup de pylône en bois, un soldat a dégainé son arme pour effrayer les assaillants. Le moment crucial d’un week-end agité mais terminé sans victimes. Un petit miracle.
M.Gr. et P.W. (à Strasbourg)
Manif anti-Otan de samedi
Les autorités tentent d’expliquer les retards lors des incendiesDNA 6 Avril 2009 - Le préfet de la région Alsace, Jean-Marc Rebière, a tenté cet après-midi d’expliquer les retards dans l’intervention des forces de l’ordre face aux casseurs qui ont samedi allumé des incendies dans Strasbourg, soulignant que la priorité avait été donnée à la protection des personnes.
Il a précisé qu’un Russe et un Allemand avaient « avoué avoir participé aux incendies ».
Sous un feu roulant de questions sur les raisons du retard de l’arrivée de la police sur les lieux de ces incendies, le préfet et son collaborateur Hervé Niel, contrôleur principal et coordinateur de l’Otan, ont affirmé que les forces de l’ordre avaient mis 20 minutes après le déclenchement de l’alerte de l’incendie de l’hôtel Ibis dans le quartier du port du Rhin au sud de Strasbourg.
« Nous avons donné la priorité à la sécurité des personnes sur la sécurité des biens », a expliqué M. Niel. « Il fallait protéger les personnes, permettre aux pompiers de pénétrer sur place » dans de bonnes conditions de sécurité, a renchéri M. Rebière.
« Pour nous, ce quartier n’était pas une cible des casseurs. Ce quartier n’avait jamais été identifié comme une cible », a ajouté M. Niel, selon qui les forces de l’ordre ont également eu du mal à se rendre sur place en raison de barrages occasionnés par la grande manifestation samedi. « Malheureusement nous avons mis 20 minutes pour arriver sur les lieux, mais nous n’avons aussi mis que 20 minutes », a-t-il ajouté.
M. Niel a encore souligné qu’il fallait un certain temps pour mobiliser suffisamment de policiers avant d’aller sur place sans les exposer à des situations périlleuses. « Mon rôle est que les policiers n’interviennent pas n’importe comment. Je n’envoie pas mes fonctionnaires à l’abattoir », a-t-il dit.
M. Rebière a affirmé que les dégradations sur l’hôtel Ibis avaient commencé à 13h54, les Black Blocks mettant le feu au bâtiment à 14h13. Les forces de l’ordre sont arrivées sur les lieux 20 minutes après et les pompiers à 14h46.
Le préfet a insisté sur le fait que « le souci des personnes a été permanent ». « Ce sommet a été difficile pour les forces de sécurité du fait du harcèlement constant » de militants anti-Otan. « Fort heureusement, ils n’ont pas pu empêcher la tenue du sommet », a-t-il ajouté.
Outre l’hôtel Ibis, des casseurs ont mis le feu à un poste de douanes désaffecté proche de la frontière franco-allemande, de même qu’à une pharmacie et au bâtiment d’un office du tourisme.
Stratégie politique et policière pour empêcher l’expression libre des pacifistes
(commentaire publié ici)Tactique de la cocote minute • Ouverture du pont d’Anvers avec deux heures de retard • Echauffourées entre policiers les cagoulés et tirs de grenades lacrymogène et assourdissantes • Puis ouverture du couvercle en laissant passer des manifestants chauffés à blanc. Au passage certains pillent la station service. Tactique de la division et de l’intoxication • MAM annonce 60.000 manifestants avant • Elle bloque le tramway • Elle filtre à la gare • Elle bloque les cars sur les routes • Elle filtre et bloque les manifestants au pont Vauban (en particulier des gens du service d’ordre de la manifestation) • Les autorités allemandes bloquent sur le pont de l’Europe à Kehl. Tactique du laisser faire • Les habitants du port du Rhin l’ont dit pendant la cérémonie des chefs d’états, il y avait un policier tous les deux mètres • Lorsque les casseurs et incendiaires se sont mis à l’œuvre, les CRS étaient reculés de 200 mètres sans intervenir de 13h30 à 14h15 • Les pompiers ont été particulièrement discrets (menacés ? en danger ?). Ce sont des lances à eau allemandes de la police qui interviennent pour tenter d’éteindre l’incendie. Tactique de la souricière et de l’humiliation • La manifestation s’est engagée dans un chemin sans issues possible. • Les policiers ont bloqués devant et ont chargés derrière compressant les manifestants pacifiques en même temps que ceux qui le sont moins. • Ils ont laissé passé les manifestants les bras en l’air comme des prisonniers.Ils ont refusé de laisser passer même les personnes agées ou handicapées, les obligeant à un détour de plusieurs kilomètres.
Tactique de l’amalgame "Je veux dire mon soutien aux forces de l’ordre qui ont travaillé avec calme, avec maîtrise." « Quand on se prétend pacifiste on ne défile pas avec une hache… ! » Nicolas S.
Strasbourg : c'est la démocratie qui a volé en éclat ! le MRAP exprime sa colère et son indignation
Le MRAP tient à exprimer sa plus vive indignation face à la violence qui s'est déchaînée samedi 4 avril à Strasbourg contre les manifestants pacifistes. C'est la voix de la paix que le pouvoir a voulue bâillonnée !
Le MRAP dénonce tout amalgame entretenu entre les casseurs, qui n'ont rien à voir avec les valeurs que nous défendions à Strasbourg, et l'immense majorité des manifestants venus exprimer leur refus de l'OTAN gendarme du monde, leur refus de la course aux armements, leur refus de la guerre comme solution aux problèmes de l'humanité.
Après avoir entretenu, les jours précédents le sommet, un climat détestable, voulant empêcher toute expression des Strasbourgeois en faveur de la paix et allant, contre toute légalité, jusqu'à faire retirer les drapeaux arc-en-ciel de la paix que les habitants arboraient, les forces de l'ordre ont multiplié les agressions et provocations contre les pacifistes et laissé incendier des bâtiments sans réagir.
Pourquoi avoir enfermé casseurs et manifestants dans le quartier le plus pauvre de la ville?
Pourquoi avoir refusé aux cars de se rendre au lieu de rassemblement prévu, obligeant ainsi des groupes de manifestants pacifiques à marcher pendant des kilomètres, à franchir de multiples barrages, les enfermant dans une véritable souricière ?
Pourquoi avoir empêché par la violence le cortège des pacifistes allemands de rejoindre les manifestants français, alors que les autorités avaient promis de laisser ouvert le Pont de l'Europe?
Pourquoi avoir délibérément repoussé les casseurs vers le jardin des Deux Rives, lieu de rassemblement légal de la manifestation?
Pourquoi avoir arrosé de gaz lacrymogène jetés d'hélicoptères ce même lieu de rassemblement où aucun incident ne se déroulait et alors que les prises de paroles de responsables internationaux y avaient lieu ?
Pourquoi avoir empêché le déroulement normal de la manifestation, obligeant les pacifistes à évacuer le lieu de rassemblement, devenu irrespirable, par des chemins étroits, encombrés de barrières et de grilles ?
Pourquoi un convoi de cars de police a-t-il pris les manifestants à contre-courant, à la hauteur d'un pont de chemin de fer, tandis qu’il était pris à partie par des casseurs qui leur lançaient des pavés du haut du pont ? Les pacifistes se sont ainsi retrouvés pris en tenaille entre les pierres qui ricochaient et les voitures de police, dans l'impossibilité de faire demi tour ou de se protéger.
Pourquoi alors que les incendies se déclaraient, la police a-t-elle laissé faire, tirant des grenades lacrymogènes vers le cortège des pacifistes et non vers les casseurs?
Pourquoi avoir empêché les manifestants qui le désiraient de rejoindre leurs cars, leur imposant, entre autres, après des kilomètres de marche, le retrait de tout drapeaux ou badges pour enfin pouvoir passer ?
Pourquoi avoir bloqué toutes les sorties de Strasbourg, obligeant les cars à tourner pendant des heures avant de pouvoir repartir ?
Pourquoi avoir obligé les manifestants qui souhaitaient regagner la gare à franchir les barrages mains levées, certains jeunes étant plaqués au sol, fouillés menottés avant d'être relâchés ?
Tout a été volontairement orchestré pour empêcher le message politique du mouvement pacifiste de s’exprimer. La manifestation n’a pas dégénéré, elle a été sabotée par des casseurs et par la volonté du gouvernement de faire taire la voix des pacifistes.
A Strasbourg le 4 avril c'est la démocratie qui a volé en éclats. Le MRAP demande qu'une commission d'enquête soit immédiatement mise en place pour que toute la lumière soit faite sur la responsabilité des pouvoirs publics lors de ces graves évènements.
Le MRAP tient à saluer le sang-froid et l’esprit de responsabilité des manifestants qui ont permis d’éviter le pire.
Malgré les humiliations et la volonté de bafouer l'expression démocratique, les pacifistes ont élaboré ce week-end des propositions pour un monde sans guerres et sans OTAN. Notre combat pour la paix, où que ce soit dans le monde, continue. Nous ne le laisserons pas bâillonner.
Paris, le 6 avril 2009. Source
Radiozapping
6 avril 2009 - Le Monde.fr - La police est critiquée par les manifestants anti-OTAN, ainsi que le maire et les habitants strasbourgeois. Pour Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, Olivier Besancenot est la "vitrine légale" des casseurs qui ont fait déraper ces manifestations.
Télézapping : Mais qu'a fait la police ?
Télézapping : Mais qu'a fait la police ? de lemondefr 06.04.09
La revue de presse des JT
Gaz lacrymogène : celui lancé à Strasbourg contre les manifestants est interdit en temps de guerre
Petite enquête de www.otan-non.org... Les grenades de gaz lacrymogène qui ont notamment été employées contre la manifestation de samedi, sont des PLMP 7B, de gaz CS.
Elles explosent au sol avec un bruit assourdissant puis crachent de gros volutes de gaz.
Lancées dans la foule, l'une d'elles a atterri à un mètre du camion du Mouvement de la Paix, et d'autres tout autour parmi la foule des manifestants pacifiques bloqués dans une véritable souricière, déclenchant la fuite éparse de la foule au risque d'une bousculade dramatique, et disloquant la manifestation.
Lorsqu'on se documente un peu sur les gaz lacrymogènes, il est intéressant de lire ceci : "Fin août 1914, le génie militaire de l'armée française utilisa ce gaz [lacrymogène] sous forme de cartouches suffocantes en Alsace contre l'armée allemande. Cela fut un échec et entraînera une controverse avec l'Allemagne au sujet du déclenchement de la guerre chimique."
Cocasse non ?
Encore plus intéressant, extrait de http://dioxyde.org/statique/g8/ (un site sur le G8 d'Evian) :"Utilisation de cartouches de gaz cancèrigènes contre les manifestants. Il est désormais confirmé de part de nombreux manifestants que la police a utilisé des grenades de gaz CS. Ce gaz provoque hauts-le-coeur, souffle coupé, impossibilité de respirer, peau brûlée, envies de vomir, brûlures d'estomac et douleurs au foie. S'il est pulvérisé sur le sol il peut rester actif pendant plusieurs semaines. Il a été utilisé notamment par la police à Gênes. D'après une étude publiée en 1998 au journal de l'American Medical Association, le CS absorbé serait métabolisé dans les tissus périphériques sous la forme de cyanure, substance connue comme étant cancérigène.
Ce gaz est interdit en temps de guerre et par le protocole de Genève contre l'utilisation de substances suffocantes ou de gaz. Le journal de l'American Medical Association indique à propos de ce gaz : « la possibilité de conséquences médicales à long terme comme la formation de tumeurs, des effets sur le système de reproduction et de maladies pulmonaires est particulièrement préoccupant, considérant l'exposition à laquelle ont été soumis des manifestants ou non manifestants pendant des opérations d'ordre public »."
Il y a une photo de la grenade PLMP 7B sur cette page.
Quelques sources, sur ce gaz qui a été utilisé à Gênes et est visiblement souvent utilisé par la police :
Le gaz CS ou 2-chlorobenzylidène malonitrile (sur Wikipedia)
Gaz lacrymogène (sur Wikipedia)
et aussi :
Interdit en temps de guerre, autorisé en période de paix : De Seattle à Gênes, gazés avec le CS
Le comportement de membres des forces de l’ordre à la fin de la manifestation en question
DNA - Video amateur - Par Christian Bach - Matthieu Mondoloni
Les conditions dans lesquelles s’est terminée la manifestation de samedi après-midi, au Port du Rhin à Strasbourg, font débat. Plusieurs milliers de personnes, venues manifester pacifiquement, se sont retrouvées prises en étau entre des casseurs ultra-violents et les forces de l’ordre qui bloquaient le passage des deux côtés.
De nombreux témoignages font état des risques réels que couraient les manifestants rue du Port du Rhin. Pour pouvoir sortir de cet enfer, où volaient les projectiles lancés par les casseurs, les manifestants ont dû défiler aux points de contrôle, les bras levés.
La vidéo que nous a adressé un manifestant anti-Otan qui était dans le cortège au Port du Rhin samedi, montre aussi que des membres des forces de l’ordre ont jeté des cailloux sur des manifestants, rue du Port du Rhin, depuis le ballast. Les manifestants leurs crient alors "arrêtez, arrêtez". On ne sait pas si ces membres des forces de l’ordre, dont on ne reconnaît pas précisément l’uniforme, ripostent à des jets de projectiles qu’ils ont eux-mêmes essuyés.
Cette vidéo corrobore un témoignage que nous avons recueilli en commentaire de notre sujet "Le récit de la manifestation en vidéo" : "Et lorsque les (forces de l’ordre) ont pu remonter sur la voie ferrée, j’en ai très clairement vu certains ramasser des pierres pour les lancer... Parmi mes amis, il y a deux témoins oculaires. Trois à avoir eu la même illusion d’optique, c’est gros (...)", écrit dany_dan sur notre site.
Une version longue de la vidéo
Cette vidéo, d’une durée de plus d’une minute, est extraite d’une vidéo plus longue filmée par des militants anti-Otan et postée sur Dailymotion. Voici l’intégralité de cette séquence. Le passage diffusé ci-dessus se situe à 8’47’’ :
La manifestation du contre-sommet de l'Otan en video
Manifestation du Contre-sommet de l'OTAN - Video de E_varlinSur cette vidéo vous pourrez suivre chronologiquement le déroulement de la manifestation du contre-sommet de l'OTAN du 4/4/09 dans les rangs du NPA, avec la souricière posée par les autorités puis les gazages irrationnels des manifestants.
Incendie de l’hotel Ibis de Strasbourg : la version des faits donnée par la police remise en cause par de nombreux témoignages
Communiqué de la Legal Team de Strasbourg. Lundi 6 avril 2009 00h14
Plusieurs témoignages font état de l’impossibilité de l’origine de l’incendie de l’hotel Ibis par des manifestants. Les vitres et les portes ont été enfoncées par des manifestants, et le mobilier a été sorti de l’hotel pour alimenter la barricade qui se trouvait devant. La police provenant des rues adjacentes de l’hotel a évacué les alentours de l’établissement dans une charge, et a contrôlé l’ensemble de la place devant l’hotel. Il n’y avait à ce stade aucun incendie de l’Hotel Ibis.
Un autre témoignage publié sur internet déclare : "nous étions au 1er rang lorsque les flics ont lancé leur 1ère charge, et ce qui est sûr est qu’il n’y avait aucun signe d’incendie dans l’hôtel à ce moment. ce qui signifie : soit il y avait un petit début d’incendie donc on ne voyait rien de l’extérieur, et dans ce cas il était facilement maitrisable, mais d’après ce qu’on voyait rien de cela, car ni flamme ni fumée, soit la cause de l’incendie ne provient pas des manifestants."
Un groupe qui se situait "près de l’église taguée à 50 m des deux bâtiments" témoigne, concernant l’hotel Ibis, qu’ils ont été témoins de "tirs tendus des hélicoptères de fusées gaz lacrymogènes et de fusées incandescences" qui ont touché ce bâtiment avant de s’embraser.
Sur une video publiée sur youtube, le cameramen déclare à la fin du film "ils les envoient de l’hélico" (sous-entendu : les fusées lacrymogènes et incandescantes) (http://www.youtube.com/watch?v=PnfH...)
Deux autres témoignages que nous avons recueillis affirment que la police maitrisait l’espace autour de l’hotel Ibis lorsque l’incendie s’est déclaré, et que les manifestants étaient à distance.
Enfin d’après plusieurs témoignages la police française aurait renvoyé les pompiers allemands arrivés rapidement sur le site.
Au total au moins douze témoignages concordants remettent sérieusement en cause la version des faits avancée par la police, et relayée largement par les médias. Rappelons que la ministre de l’intérieur Mme Alliot-Marie, à propos de l’hotel Ibis a parlé dimanche d’ "incendie volontaire" et de "tentative d’homicide volontaire".
La legal team de Strasbourg recueille d’éventuels autres témoignages. tel : +33 (0)3 68 46 02 62.
Otan / violences: appel à témoins
06/04/2009 - Agence - Le Mouvement pour la Paix a lancé aujourd'hui un appel à témoins pour déterminer les responsabilités des forces de l'ordre et des casseurs dans le déroulement de la manifestation pacifiste anti-Otan entachée de violents affrontements samedi à Strasbourg, et envisager des "suites juridiques".
"Dès lundi matin nous avons envoyé un appel à témoignages à nos 150 comités à travers la France et à notre réseau d'associations et partis politiques qui étaient à la marche pacifiste", a déclaré à l'AFP Catherine Rio, porte-parole de l'association [Note du webmestre : Catherine est en fait attachée de presse].
Il s'agit de "déterminer quelles sont les responsabilités: d'un côté des groupes de casseurs nous ont volé notre manifestation, et de l'autre des forces de l'ordre qui ont attaqué le cortège sans distinction", a expliqué Mme Rio, qui était en tête de cortège samedi.Le trajet de la manifestation, "arrêté avec la préfecture", a été entravé à plusieurs reprises par les forces de l'ordre et les manifestants pacifistes "ont été pris en tenailles entre les forces de l'ordre et les casseurs" sans "aucun échappatoire", a souligné Mme Rio, soulignant la présence de nombreux jeunes, de personnes âgées et notamment d'une personne en fauteuil roulant.
Le Mouvement pour la Paix "condamne très fermement les groupes de casseurs" qui "ont pris en otage la manifestation" et "demande qu'ils soient jugés pour leurs exactions" [Note du webmestre : cette phrase a été déformée; elle n'a pas été prononcée par Catherine Rio. La position du Mouvement de la Paix est disponible sur www.mvtpaix.org].
L'association estime aussi que "les forces de police ont eu un comportement inacceptable et mis notre sécurité en danger".
Les suites juridiques qui pourraient être envisagées "seraient des dépôts de plainte a priori pour non assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d'autrui", a poursuivi Catherine Rio.Le Mouvement de la Paix, créé en 1948, pour s'opposer aux guerres et à l'arme nucléaire, milite pour la résolution politique et pacifique des conflits.
Questions sur la gestion par les autorités et la police de la manifestation anti-OTAN
LEMONDE.FR 06.04.09 - Strasbourg, envoyées spéciales
Tout avait été planifié avec minutie. Au centre de Strasbourg, les rues étaient quadrillées au plus serré. Les manifestants étaient cantonnés dans la périphérie sud-est. Et vingt-cinq mille policiers et gendarmes français et allemands s'étaient déployés. Mais rien n'a fonctionné comme prévu.
Des accrochages sporadiques ont précédé la grande manifestation des anti-Otan du samedi 4 avril. Dés le matin, alors que des groupes pacifistes tentaient de s'approcher du centre en bloquant des carrefours, la tension était au rendez-vous. A six heures, une pluie de gaz lacrymogènes et des tirs de Flash-Ball accueillaient déjà la contestation. Le ton était donné. "Le dispositif de protection a (…) parfaitement fonctionné", a estimé la préfecture du Bas-Rhin dans un communiqué. Elle refusera de répondre aux questions.
La stratégie policière a-t-elle failli ? Le cortège principal des manifestants devait attendre celui venu d'Allemagne. La jonction n'a jamais pu se faire. Côté allemand, les manifestants sont restés bloqués par le barrage des forces antiémeutes à l'entrée du pont de l'Europe. Les organisateurs sont alors un peu débordés et tout commence à cafouiller. Une voiture officielle de la délégation américaine se perd même au milieu des marcheurs, avant de faire une marche arrière à toute vitesse.
Cette situation fournit le prétexte aux Black Blocs (groupes affinitaires d'activistes violents, vêtus de noir) pour lancer les premières attaques. A 13 heures, l'ancien poste de douane brûle. Puis, c'est le tour de l'hôtel Ibis, d'une pharmacie et de l'office du tourisme. "Guerre au capitalisme", taguent les activistes sur les murs. Rien n'échappe aux cinq hélicoptères qui survolent à tour de rôle les événements. Pourtant, les forces de sécurité n'interviennent pas, se contentant de repousser les Black Blocs vers la manifestation "officielle" qui poireaute sur un vaste terrain en contrebas. "Gardez votre calme", répètent les responsables du Mouvement de la paix.
Première souricière. Les quelque dix mille anti-OTAN, asphyxiés par les gaz lacrymogènes, veulent démarrer. Seule issue, un étroit passage dans un chantier sous une voie ferrée. Les manifestants piétinent mais gardent leur calme, y compris lorsqu'ils longent des cars de CRS à moitié vides et curieusement postés sur le passage. Un peu plus loin, bloquée à nouveau par les barrages policiers, la manifestation doit bifurquer… vers l'hôtel en flammes évacué par des policiers de la BAC. Les derniers marcheurs sont visés par des Flash-Ball, tirés par des CRS de leurs fourgons.
A peine 500 mètres plus loin, nouvel arrêt. Cette fois, il n'est plus du tout question de passer. Tous les quarts d'heure, la police assure aux organisateurs que le cortège va pouvoir passer. En vain. Une partie du cortège est coincée sous un pont de chemin de fer. "C'est eux qui nous ont dirigés là, déplore Sophie Zafari (FSU), coorganisatrice du défilé. La police s'est jouée de nous en nous bloquant à l'arrière et à l'avant." A l'arrière en effet, la voie est doublement obstruée : par deux énormes wagons de marchandises déplacés par les Black Blocs et par les cordons de CRS.
Une habitante du quartier, Anne-Marie Auzet, prend le micro : "N'allez pas plus loin, les gens ici sont choqués, lance-t-elle. Les pompiers ont mis une heure trente à arriver." Contre toute évidence, la préfecture assure dans son communiqué : "L'incendie a été immédiatement combattu pendant plus d'une heure jusqu'à ce que les manifestants reviennent."
Le piège se referme. Deuxième souricière. A 16 h 20, les CRS chargent semant la panique. Ça court dans tous les sens sous les tirs de Flash-Ball et des gaz. Devant les questions angoissées de manifestants, des pompiers secouent la tête : "Ils ne vous ont laissé aucune issue." Les organisateurs tentent de faire faire demi-tour au cortège, NPA et Olivier Besancenot en tête. Mais à la sortie, nouvelle salve de gaz. "Pour passer, nous avons été contraints d'enlever tous nos insignes, tous nos drapeaux", indique Guillaume d'Alternative libertaire. "La manifestation a suivi l'itinéraire inverse de celui qui était prévu, plaide Hervé Niel, haut responsable policier de la direction centrale de la sécurité publique. Il y a eu une incompréhension sur le terrain. Une échappatoire était prévue mais le temps que l'information passe, le cortège avait déjà avancé."
Combien de blessés ? Pour la préfecture, "on compte quinze blessés légers parmi les forces de l'ordre et les sapeurs-pompiers, trente-trois blessés légers parmi les manifestants et un blessé léger parmi les journalistes". Interrogé, Jean-Claude Bartier, directeur du SAMU de Strasbourg, avance trente-cinq à quarante blessés. "Des plaies à suturer au visage et aux bras, des brûlures dues aux gaz, des fractures du nez et des plaies aux arcades sourcilières par des tirs de Flash-Ball", détaille le médecin. Ces estimations ne comprennent pas les personnes évacuées vers les hôpitaux allemands. La "Legal team" de la manifestation recense, elle, cinquante blessés.
"Il faudra analyser la chaîne de commandement. Toute cette opération a été montée sans chef d'orchestre, avec différentes forces qui n'avaient pas autorité les unes sur les autres", critique Roland Ries, maire de Strasbourg. Pour Pierre Villard, coprésident du Mouvement de la paix, "les forces de l'ordre ont entretenu une stratégie de tension et de pourrissement dès le début". "Mon obsession a été qu'il y ait le moins de contacts et donc le moins de blessés possible. Mais nous avons été gênés par les petits groupes violents", défend Hervé Niel.
Isabelle Mandraud et Sylvia ZappiLa police française aurait refusé l'aide allemande à Strasbourg
Un responsable syndical de la police allemande a rapporté, lundi 6 avril, que des policiers français auraient refusé des renforts allemands lors des manifestations anti-OTAN qui ont dégénéré en violences samedi à Strasbourg. "Des collègues des forces d'intervention [allemandes, positionnés sur le pont de l'Europe, à la frontière franco-allemande] nous ont dit que 'nous pouvions aider, mais les policiers français n'ont pas voulu'", a-t-il indiqué à l'AFP.
Interpellations de casseurs : Bastia 0 - Strasbourg 330
Par Zineb Dryef - Rue89 06/04/2009
Pourquoi la police a arrêté plus de 300 personnes à Strasbourg contre zéro au cours d'affrontements pourtant très violents à Bastia…
On en parle : Strasbourg : une Dijonnaise témoigne
« Les casseurs n'entendent aucun discours »Le Bien Public - lundi 6 avril 2009
Présente à Strasbourg lors de la manifestation anti-Otan, une Dijonnaise livre son ressenti sur les incidents qui ont opposé émeutiers et forces de l'ordre.
En marge du sommet de l'Otan, qui s'est tenu en fin de semaine dernière à Strasbourg, un bus de Côte-d'Oriens s'est rendu samedi dans la capitale alsacienne afin de participer à la manifestation pacifiste anti-Otan.
Françoise Faitot, présidente du mouvement pour la paix de Côte-d'Or (en médaillon), était du voyage. La Dijonnaise de 60 ans, après une journée « éprouvante », est rentrée de Strasbourg mitigée.
« On s'est rendu là-bas dans un esprit de pacifisme et de construction. Ce que l'on a pu constater, dès le départ, c'est que les autorités ont tout fait pour nous empêcher d'arriver à Strasbourg, en bloquant l'autoroute. Le mouvement pacifiste a réussi à réunir près de 20 000 personnes, ce qui représente un succès. Même si on a été relégué vers des rues désertes, tout a commencé dans une ambiance bon enfant », explique-t-elle.
Lacrymogènes « par hélicoptère »
« Malheureusement, des groupuscules violents s'en sont pris à des biens publics, qui plus est dans des quartiers très pauvres. J'ai essayé avec d'autres militants pacifistes de raisonner les casseurs, mais ils n'entendent aucun discours, leur seul objectif est de casser.
Ceux que j'ai vus sont des jeunes entre 15 et 18 ans, habillés tout en noir, qui se déplacent rapidement en petits commandos très mobiles. Il n'y avait pas que des Français.
Dès que ça a commencé à dégénérer, on a reçu des projectiles lacrymogènes, notamment par hélicoptère. Une personne de notre groupe a fait un malaise à cause de la fumée, on était un peu perdu », raconte la Dijonnaise, ajoutant : « Les forces de l'ordre nous ont barré la route devant, puis derrière, on n'a pas bien compris le but de la manœuvre. Je suis très en colère contre le gouvernement, qui a laissé faire les casseurs, pour que l'on ne retienne que cet aspect négatif, en marge de notre manifestation. » Gérard, qui faisait lui aussi partie du groupe côte-d'orien, confirme qu'on ne « pouvait pas contenir les casseurs », témoignant : « Quand les CRS ont commencé à tirer indistinctement sur les manifestants, je suis allé me cacher derrière un lampadaire. »
Nicolas ROUILLARD
Un sommet de l'OTAN fidèle à ses valeurs : anti-démocratique, violent et sécuritaire
Communiqué des Verts-Strasbourg
5-04-09 - Plus de trente mille personnes se sont mobilisées à Strasbourg pour dire "non à l'Otan et non à la guerre".
Pourtant le parcours de manifestation et les conditions dans lesquelles elle s'est déroulée ont tout fait pour empêcher que la mobilisation soit forte et que l'expression démocratique puisse s'exprimer.
Retour sur le choix du tracé. Celui-ci, d'après la préfecture, devait permettre aux allemands de nous rejoindre sur le jardin des deux rives côté français et "d'éviter un maximum de casse".
Le moins que l'on puisse dire c'est que la préfecture a tout fait pour que le contraire se produise. D'une part en bloquant l'accès aux ponts Vauban, Anvers jusqu'à 12h45, soit deux heures après l'horaire convenu avec la préfecture, d'autre part en ne donnant pas leur accord pour que les 10 000 manifestants pacifiques allemands traversent le pont de l'Europe. Ces deux décisions n'ont pas aidé les organisateurs pour le bon déroulement de la manifestation.
En outre, les forces de l'ordre, plutôt que de sécuriser les quartiers alentours, il n'y avait que ça à faire puisque le reste est constitué d'un no man's land, ont laissé des individus mettre le feu à un hôtel, à l'office du tourisme, et au poste de douane devant le regard désabusé des habitants du Port du Rhin. Comment 500 casseurs peuvent -ils commettre de tels agissements, que je réprouve, alors que plus de 20000 policiers sont présents dans Strasbourg ?
Les agressions subies par les manifestants pacifiques et non-violents regroupés sur le champ de foire ont été permanentes. Ils ont eu droit pendant le concert à des jets de bombes lacrymogènes et des survols incessants d'hélicoptères à basse altitude faisant monter l'angoisse et la tension.
Les Strasbourgeois qui ont été témoins de ces exactions ou qui ont participé à la manifestation ne sont pas dupes et ont soutenu fortement la mobilisation contre l'OTAN et ses politiques agressives et guerrières.
Aujourd'hui, au lendemain de la manifestation, le Campement autogéré est totalement bouclé par les forces de l' "ordre".
Des barrages et des filtrages des personnes du village sont exécutés, les forces de l'ordre n'hésitant pas à leur confisquer des livres, affiches, banderoles,... Ces agissements doivent cesser.
Nous avons les plus grandes craintes quant à ce qui pourrait arriver aux personnes actuellement encerclées.
Par ailleurs, il est à noter que la police boucle y compris une zone d'habitation en bordure du camp, et empêche les habitants du quartier de rentrer chez eux, y compris physiquement si le faut !!!
On voit que ce soixantième anniversaire de l'OTAN a tenu toutes ses promesses et est fidèle à ses valeurs : violent, anti-démocratique et sécuritaire.
Strasbourg : la stratégie policière remise en question
Par François Krug - Rue89 / Eco89 - 05/04/2009Malgré un dispositif impressionnant et près de 330 interpellations en trois jours, le chaos n'a pas pu être évité à Strasbourg. « Ça s'est bien passé », a pourtant estimé Nicolas Sarkozy. Les manifestants interrogés par Rue89 notent pourtant des erreurs dans la stratégie policière. « La violence a terni l'image de toute la manifestation », déplore l'un d'eux.
Pour Sarkozy, « un travail remarquable »
La ministre de l'Intérieur, le secrétaire général de l'Elysée et le chef de l'Etat lui-même se sont employés, dimanche, à défendre la police. A Strasbourg, « les forces de l'ordre ont parfaitement fait leur travail », a assuré Michèle Alliot-Marie sur RTL. Claude Guéant dressait le même constat sur Europe 1.
Nicolas Sarkozy leur est venu en appui dans une interview sur TF1, destinée à défendre ses succès diplomatiques aux sommets du G20 et de l'Otan. Il a salué le « travail remarquable » de la police et promis « la plus extrême sévérité » pour les casseurs :
« C'est quand même invraisemblable d'aller manifester pour la paix dans le monde et commencer par se servir de haches et de barres de fer et s'en prendre à des fonctionnaires qui ne font que leur travail. »
Voici le bilan chiffré des événements, selon la préfecture du Bas-Rhin :
- 10 000 manifestants samedi (trois fois plus selon les organisateurs), dont 2 000 considérés comme violents
- 9 000 policiers et gendarmes, 1 500 militaires « et autant de pompiers »
- 15 interpellations samedi, 13 vendredi et 300 dès jeudi
- 49 blessés légers : 33 manifestants, 15 policiers ou pompiers, et un journaliste
Des erreurs de stratégie ?
Pour le gouvernement, ce bilan est donc positif, même si aucune évaluation des dégâts matériels n'a pour l'instant été fournie. Mais le maire PS de Strasbourg, Roland Ries, interrogé sur France Info, a des doutes sur l'efficacité de la stratégie policière :
« Elle a été très présente, on a assez reproché que Strasbourg était devenu un camp retranché, mais elle n'a pas pu empêcher [les violences, ndlr], il y a eu probablement des problèmes au niveau de l'encadrement policier. »
Les forces de l'ordre ont notamment bloqué le pont d'Anvers, qui permet d'accéder au centre-ville. Objectif : circonscrire la manifestation autour du quartier du Port-du-Rhin et du jardin des Deux-Rives.
Selon Cédric, un manifestant, les policiers ont commis une erreur en bloquant le matin un des principaux accès au point de départ de la manifestation :
« Il y a eu énormément de baston toute la matinée. A onze heures, les flics bloquaient l'accès au point de départ de la manif par le pont Vauban (qui permet l'accès à Strasbourg par le sud, où se trouvait le “village” des anti-Otan, NDLR). Ils disaient : “Nous, on ouvre à treize heures.” Il y a eu des affrontements. »
La stratégie suivie dans l'après-midi étonne une autre manifestante, Héloïse. Elle a « eu l'impression qu'ils ont voulu désorganiser la manif » en ralentissant son parcours et en la déviant du trajet prévu :
« On était bloqué une demie-heure, il y avait des affrontements, puis ça repartait. On avançait vraiment pas à pas. »
Une vidéo réalisée par les Dernières Nouvelles d'Alsace témoigne de cette confusion. On y voit notamment le sénateur Verts Jacques Muller tenter de négocier avec la police le passage du cortège, pris en tenaille : « Mais putain ! ils sont fous ou quoi ? » (Voir la vidéo)
Incendie de l'hôtel : où était la police ?
Un hôtel Ibis en feu : c'est l'image la plus symbolique des événements de samedi, et celle qui suscite le plus d'interrogations. Dans le quartier populaire du Port du Rhin, un ancien poste de douane et une pharmacie (« le dernier commerce en activité » du quartier, selon le maire) ont également été incendiés. Héloïse raconte :
« Quand ça a commencé à brûler, à part les hélicos, il n'y avait plus aucun flic et les pompiers ont mis du temps à arriver. »
Selon Michèle Alliot-Marie, les policiers ont été ralentis car « il leur fallait traverser la manifestation pacifique ». Mais ils seraient « arrivés très vite », « avant les pompiers ». Même explication pour Claude Guéant :
« La police ne peut pas être partout. Elle ne peut pas être devant chaque immeuble de Strasbourg, c'est évident. Dès qu'elle a eu connaissance des incidents qui se produisaient, elle est arrivée, les sapeurs-pompiers sont arrivés, mais il faut quelques minutes pour arriver sur les lieux. »
Théorie du complot ? Un membre de la Coordination anti-Otan, chargé de répondre à la presse et qui souhaite rester anonyme, avance une autre explication. Sans trop s'avancer car « ça pourrait être diffamatoire » :
« C'est en débat, mais on ne sait pas qui a vraiment mis le feu. D'ailleurs, il y avait des policiers cachés dans les manifestants, on a vu des gens qui étaient dans la manif rejoindre les forces de l'ordre. »
Des manifestants « outrés » par la violence des casseurs
Samedi, durant notre live blogging, ce militant avait estimé que les « provocations policières » étaient à l'origine de la violence. Vingt-quatre heures plus tard, il maintient ses accusations :
« Il y a eu énormément de gens dans la manif pris en sandwich par la police, au milieu de gens un peu plus confrontatifs. Il y a des gens qui ont été molestés, des violences verbales et physiques. Il y a eu des tirs à moins de 45 degrés avec des flashballs, sans sommation. »
Les témoignages de manifestants que nous avons recueillis contredisent ces accusations. Héloïse n'a pas remarqué « de violence sur des gens qui ne provoquaient pas ». Et selon Cédric, les forces de l'ordre « ont bien fait leur boulot » :
« Ils ne pouvaient pas se permettre d'avoir des flics éparpillés, ils avaient établi des barrages stratégiques. Les Black Blocks étaient trop puissants pour que la police puisse cadrer la manif, comme pour une manif normale (…). Les policiers faisaient une grosse distinction entre les cagoulés en noir et les autres. »
Pour Cédric, il faut effectivement distinguer les casseurs des manifestants pacifiques, qui ont tenté de calmer le jeu en s'asseyant par terre ou en formant des chaînes humaines :
« Je ne comprends vraiment pas les Black Blocks, qu'est-ce que ça apporte ? Ils ont terni toute l'image de la manif (…). Il y a eu des clash entre ceux qui étaient assis par terre et les gens en noir avec des barres de fer. Ils étaient outrés et coincés entre les deux fronts. Je trouve ça fou que sur trois jours, il n'y ait pas eu de mort. »
Dans la manifestation de samedi à Strasbourg, dès 16h30 sur Radio France Bleue, Pierre Villard du Mouvement de la Paix alerte en direct le préfet sur les graves dangers que courent les manifestants pris dans une souricière, lui demandant d'assurer la sécurité des manifestants :
Sur la même radio le matin à 7h30, l'invitée de la rédaction :
Arielle Denis, porte parole du contre-sommet, co-présidente du Mouvement de la paix.
Sommet de l’Otan à Strasbourg : Une stratégie de tension incompatible avec l’exigence du débat démocratique
Le Mouvement de la Paix lance un appel à témoins pour construire les suites juridiques
Depuis plusieurs mois, 600 organisations démocratiques du monde entier ont préparé un contre-sommet de l’Otan, avec une importante conférence internationale d’une très grande qualité. Le résultat ultra-militariste du sommet renforce l’urgence de solutions alternatives pour la sécurité de la planète
La manifestation pacifiste du 4 avril n’a pu être menée à son terme. Le Mouvement de la Paix condamne avec la plus grande fermeté les exactions des groupes minoritaires qui ont perverti le message responsable des organisateurs de cette manifestation destinée à dire « Non à l’Otan – non à la Guerre ».
Il exprime toute sa solidarité avec la population Strasbourgeoise, 1ère victime de ces exactions et dénonce le choix préfectoral d’un parcours de manifestation dans un des quartiers les plus populaires de la ville.
Il remercie les habitants du quartier qui ont tenté de proposer leur médiation en avançant des solutions responsables pour que le cortège puisse contourner en toute sécurité la zone incendiée, propositions refusées par les autorités qui ont préféré maintenir les manifestants dans une souricière, dans laquelle les militants du Mouvement de la Paix ont joué un grand rôle pour contenir des éléments incontrôlables.
Il est faux de prétendre que les casseurs étaient en tête de manifestation. Ce sont les militants pacifistes qui contrôlaient la manifestation jusqu’à ce pont de chemin de fer où les forces de l’ordre ont coincé les manifestants, laissant le cortège être infiltré par des casseurs.
Le Mouvement de la Paix s’interroge sur la tenue surprenante de quelques CRS, observée après ces charges inadmissibles, vêtus de jeans, de sweat-shirts sombres et petits sac à dos de toile.
Le Mouvement de la Paix se félicite de la dignité, du sérieux et du grand esprit de responsabilité des manifestants pacifistes et pacifiques qui ont eu à gérer les doubles provocations d’éléments violents ultra-minoritaires et de forces de l’ordre imperméables à toutes discussions, formatées à une réductrice vision violente des manifestants.
Le préfet et la ministre de l’Intérieur qui ont volontairement maintenu les manifestants dans un étau qui a mis la vie de milliers de manifestants en danger portent une grande responsabilité. En refusant à des femmes enceintes apeurées de quitter la manifestation, ils se sont rendus coupables de non assistance à personne en danger.
La plus grave question posée aujourd’hui est « comment respecter et favoriser le débat dans un pays qui se revendique comme une grande démocratie ? ». Il est du devoir d’un gouvernement d’organiser et de permettre la possibilité du débat démocratique. Ce débat a été refusé aux français à propos de la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’Otan. Il aurait pu s’exprimer et s’organiser à Strasbourg.
Le gouvernement a fait un autre choix en entretenant un climat de tension et une stratégie provocatrice qui illustre le rôle dévolu à l’Otan. Cette volonté, visible depuis plusieurs semaines, est devenue encore plus évidente depuis le début du contre-sommet :
- Provocation demandant aux Strasbourgeois de retirer leurs drapeaux pacifistes arc en ciel des fenêtres
- Provocation d’un parcours inadmissible
- Provocation permanente au village alternatif, utilisé principalement par des jeunes, notamment par la rotation nocturne d’hélicoptères munis de puissants projecteurs
- Conditions inadmissibles imposées aux jeunes du village autogéré, jusque dimanche 5, malgré un respect environnemental du site de leur part
- Provocations des participants au meeting accueillant des personnalités nationales et internationales, par des hélicoptères bruyants, jetant des bombes lacrymogènes obligeant les organisateurs à faire évacuer l’espace en faisant démarrer la manifestation par le sud du Parc des 2 rives pour rejoindre le parcours négocié de longue date
- De trop nombreux engagements des autorités n’ont pas été tenus, notamment celui de la garantie des horaires des cérémonies officielles et du maintien des transports depuis la gare.
- …
De trop nombreuses autres questions se posent :
- Pourquoi avoir laissé des milliers de gens errer dans la ville, fautes de transport ?
- Pourquoi avoir empêché ces personnes de rejoindre la manifestation ?
- Pourquoi leur avoir confisqué leurs drapeaux, y compris en fin de journée ?
- Pourquoi avoir trouvé des CRS bloquant à plusieurs reprises un parcours de manifestation négocié ?
Pour le Mouvement de la Paix, le débat n’est pas clos, il ne fait que commencer.
Les dizaines de milliers de manifestants qui étaient venus du monde entier pour exprimer un message de paix, sont repartis plus déterminés que jamais à faire entendre la voix de ceux qui refusent la militarisation du monde et veulent agir pour une Europe pacifique et solidaire. Il est temps d’un grand débat en France sur l’Otan et la paix.
Dès à présent le Mouvement de la Paix lance un appel à témoignages et à témoins en demandant aux personnes d'écrire sur le forum ou d’envoyer un email à national
mvtpaix.org afin de construire les suites juridiques à donner au 4 avril. Il envisage des dépôts de plaintes dans tous les départements. Il continue à demander l’organisation d’un référendum et interviendra avec ses 150 comités locaux à l’occasion du débat des élections européennes.
C’est un triste jour que nous avons vécu à Strasbourg, loin d’abattre les pacifistes, il les renforce dans leur détermination d’un réel débat démocratique sur les conditions d’assurer la sécurité des habitants de la Planète. L’Otan a montré à Strasbourg qu’elle en était incapable !
Strasbourg le dimanche 5 avril 2009
Contact presse :
catherine.riomvtpaix.org : 06 08 27 99 72
LE MOUVEMENT DE LA PAIX
MAISON DE LA PAIX, 9 rue Dulcie September – 93400 Saint-Ouen
Tel : 01 40 12 09 12 - Fax : 01 40 11 57 87
Site web : www.mvtpaix.org - mail : nationalmvtpaix.org
Agréé Association Nationale de la Jeunesse et d’Education Populaire
Le droit de manifester bafoué à Strasbourg
Le NPA et Olivier Besancenot dénoncent les agissements scandaleux du préfet et de la police qui ont tout fait pour provoquer des affrontements. Ils portent l’entière responsabilité des violences.
Depuis des semaines, les autorités font tout fait pour faire échouer la mobilisation contre le sommet de l'OTAN : refus de négocier un parcours acceptable, les "anti-guerre" étant obligés de manifester dans une zone industrielle désertique à la limite de Strasbourg, hébergement des manifestant-es sur un terrain vague à 7, 5 km du départ de la manifestation, interdiction de tout cortège pour s'y rendre.
Les intimidations, provocations policières se sont multipliées avant et surtout lors de la manifestation du 4 avril. Au mépris de leur propre engagement, les autorités ont rendu l'accès au point de départ de la manifestation quasi-impossible. Le rassemblement qui devait permettre le départ de la manifestation a été bombardé de gaz lacrymogènes puis les multiples charges, durant le parcours, les tirs de flash-ball contre les manifestant-es ont blessé 150 personnes dont plusieurs militant-es du NPA.
Le NPA et Olivier Besancenot exigent la libération immédiate de tou-te-s les interpellé-es. Le pouvoir instrumentalise les violences qu'il a lui-même orchestrées pour tenter d'occulter le caractère massif de la protestation contre le sommet de l'OTAN qu'il n'a pu qu'entraver mais pas empêcher.
Ces provocations et manœuvres ne pourront tromper la population sur la nature de la politique que les grands de ce monde ont mis en place tant à Londres au G20 qu'à Strasbourg au sommet de l’OTAN.
Leur hypocrisie et leurs mensonges ne peuvent masquer le fait, que, loin de protéger les populations des conséquences dramatiques de la crise du capitalisme, ils n’ont qu’une volonté : sauver leur système en faillite, faire payer la crise aux travailleurs et aux peuples.
Communiqué du NPA - Le 6 avril 2009
Manifestation anti-otan : les Verts exigent une commission d’enquête pour établir les responsabilités
Communiqué de presse du 5 avril 2009 - Nous tenons à exprimer tout notre soutien aux habitants du quartier du Port du Rhin, quartier frappé par les casseurs lors de la manifestation.
Nous voulons aussi dire notre colère contre les casseurs qui n’ont rien à voir avec les valeurs défendues par le mouvement pacifiste qui rassemblait l’essentiel des manifestants présents. Leurs actes relèvent du vandalisme et nous refusons les amalgames qui pourraient être faits entre casseurs et manifestants. La manifestation n’a pas dégénérée, elle a été sabotée par les casseurs dès le départ.
Nous sommes étonnés par le fait que ces événements aient pu se produire malgré l’important déploiement policier et nous nous interrogeons sur la responsabilité de l’Etat et la stratégie de décrédibilisation des pacifistes qu’il a choisi.
Pourquoi avoir fermé les accès au rassemblement, empêchant ainsi les organisateurs de la manifestation de mettre en place leur dispositif de régulation pour orienter les manifestants vers le Champs de Foire ? Cela a eu pour conséquence de laisser les abords du Pont de Kehl aux casseurs et de leur laisser le terrain libre. Cela a eu pour conséquence de saboter toute possibilité d’un itinéraire viable pour le cortège.
Le cortège s’est retrouvé dans une impasse dans laquelle les manifestants étaient pris en tenaille entre les cordons de CRS et les casseurs. Les manifestants pacifistes ont subi les grenades lacrymogènes, les bombes assourdissantes, les bousculades...
Tout avoir été volontairement fait pour empêcher le message politique du mouvement pacifiste de s’exprimer.
Compte tenu de la débauche de moyens sécuritaires déployés, - caméra, zonage, contrôles, mobilisation policière énorme, nous ne comprenons pas comment le bon déroulement de la manifestation pacifiste n’a pas pu être assuré. Nous sommes en droit de savoir ce qu’il s’est passé.
Djamila Sonzogni, porte parole nationale
Avec les "black-block" face aux CRS
Par Elsa GUIOL, envoyée spéciale - Le Journal du Dimanche - 5 Avril 2009
>> Jets de pierres, de cocktails Molotov et de barres de fer contre lacrymos et Flash-Ball. Ceux qu'on appelle les black block, vêtus de noir et venus pour en découdre avec les forces de police qu'ils considèrent comme le "bras armé du capitalisme" ont fait très fort, samedi, à Strasbourg. Au total: une dizaine de blessés légers et de nombreux dégâts matériels. Récit des affrontements.
Il y a des Français, des Espagnols, des Turcs, des Grecs et des Allemands surtout. Des garçons et des jeunes filles que la simple vision d'un CRS suffit à rassembler. Tous vêtus d'un habit noir, les voilà qui se regroupent, la tête recouverte d'une capuche et le visage masqué. Certains escaladent un talus, d'autres tentent une intrusion sur le côté. Un seul et même objectif pour tous: défier les policiers, "bras armés du capitalisme", et les attaquer avec des bouteilles ou de lourds pavés. Auxquels répliquent des jets de gaz lacrymogènes et les tirs de Flash-Ball.
La journée a commencé tôt hier, à Strasbourg, pour les opposants au sommet de l'Otan, en particulier pour les plus violents, les black-block, ces groupuscules de jeunes Européens dont la tactique est issue du mouvement autonome allemand des années 1980. Bien avant le début de la grande manifestation prévue à 13 heures, une centaine d'entre eux, regroupés sur le pont Vauban, tente de rejoindre le point de ralliement, situé une centaine de mètres plus loin. Premier face-à-face. L'affrontement dure près d'une heure. Devant la barricade métallique des policiers, des jeunes lancent tout ce qu'ils trouvent. La rue est encore leur meilleur fournisseur: pierres, bouteilles en verre vide, bouts de bois, panneaux de signalisation, barres de fer... Les policiers ripostent, un peu dans tous les sens, sans vraie logique. Puis finissent par reculer et ouvrir le passage pour laisser passer le cortège de jeunes. Le temps de la pause ne dure pas bien longtemps. Une heure tout au plus. La manifestation est sur le point de démarrer.
Sur le pont de l'Europe, de l'autre côté de la frontière, des Allemands ont interdiction de traverser le Rhin. Un barrage formé de plusieurs centaines de policiers anti-émeutes, casqués et équipés de canons à eau, bloque le passage. Il n'en fallait pas moins pour rameuter la horde de jeunes en noir. Ils débarquent, énervés, incendient le poste de douanes désaffecté. Le bâtiment brûle sans que personne n'intervienne. Le ciel est noir.
Sur leur bras: un numéro de téléphone, celui d'un avocat
Puis c'est au tour d'une pharmacie située un peu plus loin, d'une banque et d'un hôtel Ibis, dont les clients ont été évacués juste avant. Les pompiers interviennent avant que le feu ne se propage à l'étage. Le face-à-face est de plus en plus tendu. Les policiers chargent à pied. Le trajet de la manifestation est complètement perturbé. Les black-block se font des signes pour s'orienter, empruntent des chemins de traverse, détruisent tout sur leur passage. Station-service, arrêt de bus, radars... "Les pétroliers, c'est des capitalistes, ils pillent le peuple, c'est pour ça qu'on les pille", rigole l'un d'entre eux. Ils sont parfois accompagnés de jeunes adolescents du quartier. S'ils partagent tous cette même envie d'en découdre, ils n'appartiennent pas tous au même groupe.
Pour se reconnaître, ils poussent un cri de ralliement lorsqu'ils sont trop dispersés. Si la fumée atteint trop les yeux, de minuscules bouteilles de collyre circulent de main en main, le citron et l'eau aussi pour se soulager. Ils sont très préparés, habitués à ce genre de rassemblement altermondialiste. Ils portent des masques (à gaz pour certains), ne se séparent pas de leur bouteille d'eau, ne paniquent quasiment jamais. Et sont au point en cas d'arrestation. Sur leur bras: un numéro de téléphone inscrit au feutre noir, celui d'un avocat.
La tension monte d'heure en heure, les forces de l'ordre encerclent les manifestants exaspérés. Dans le ciel, des hélicoptères. Impossible de s'échapper de l'île sur laquelle sont regroupés les opposants. Impossible de rejoindre le centre-ville. Alors les black-block montent des barricades, trouvent des wagons de train qu'ils déplacent sur une ligne de chemin de fer, se cachent dans un coin pour confectionner des cocktails Molotov. Les insultes antipolice fusent. La chaussée est jonchée de pierres, de débris et de balles de Flash-Ball tirées par les policiers. L'air empeste. Le cortège se transforme parfois en souricière, prenant au piège les opposants plus pacifistes. Face à l'énorme déploiement de policiers, les black-block ne peuvent plus passer. Il faudra négocier pour s'échapper. Les CRS finissent par accorder un droit de passage aux jeunes qui passent les bras levés, arrêtant tout personnage vêtu un peu trop de noir. Ils tirent quand l'un des jeunes avance trop vite. A la fin de la journée, les groupes sont dispersés un peu partout dans le quartier, les blessés évacués (au total 10 personnes, dont quatre membres des forces de l'ordre). Des tirs de gaz fusent encore. Des manifestants, exténués, s'engueulent. Il y a ceux qui veulent partir. Et ceux qui les accusent d'être des traîtres.
Violents incidents lors de la manifestation anti-Otan à Strasbourg
Libestrasbourg - 4 avril - OTAN - En marge du sommet de l’Otan, des actes de violence importants se sont déroulés à l’Est de la ville, près de la frontière allemande, lors de la manifestation des opposants à l'Alliance. Une minorité très organisée et ultra-violente (1.000 personnes selon la préfecture) a ravagé, en bordure de la route menant au pont de l'Europe et à l'Allemagne, une partie du quartier du port du Rhin. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, sans que les anti-Otan pacifistes, rassemblés sur le champ de foire voisin, ne puissent s'y opposer.
Des manifestants s’en sont pris à un petit centre commercial, composé notamment d’une pharmacie et d’un ancien office du tourisme. Ils ont brisé les vitres à coup pierres ou de poteaux de signalisation, qui ont servi de bélier. Les casseurs ont ensuite mis le feu aux magasins.
Dans le quartier du port du Rhin, entre les bassins industriels de Strasbourg et la frontière, les violences ont commencé vers 13 heures. L’ancien poste de frontière français, vide, en a fait le premier les frais. Installé à l'entrée du pont de l'Europe, il a été caillassé, puis incendié. Les forces de l'ordre françaises étaient totalement absentes. Devant les policiers allemands, rassemblés en un cordon passif sur le pont et empêchant le passage de 7.000 manifestants allemands, les anti-Otan venus de France ont allumé un autre feu, avec des pneus et du mobilier retiré du poste frontière.
Puis des petits groupes d'une dizaine de personnes, entièrement vêtues de noir, visage masqué, s'en sont pris au mobilier urbain et au petit centre commercial installé au pied du pont. Les vitres de la pharmacie, de la banque et de l'ancien office du tourisme ont volé en éclats. Les journalistes qui tentaient de filmer ou de photographier la scène ont été menacés et parfois frappés. "Go away", criaient les casseurs de ces mini-"black blocks". Là aussi, le feu a été mis. En quelques minutes, l'ensemble de la structure a été ravagé.
Hôtel ravagé
Une chapelle du quartier est aussi touchée, portes enfoncées. Sur la façade, un tag à la bombe de peinture, citant Victor Hugo : "La religion est l’ombre de l’univers portée sur l’intelligence humaine"...
Vers 14h20, après plus d'une heure et demie de violences incontrôlées, les forces de l'ordre françaises sont intervenues, dispersant les casseurs à coups de gaz lacrymogènes. Ils ont reculé vers le champ de foire, tentant de se mêler à plusieurs milliers de manifestants pacifistes (30.000 selon les organisateurs, 10.000 selon la police) qui écoutaient les prises de paroles au pied du podium qui avait été dressé. A ce moment là, le feu avait pris au rez de chaussée de l'hôtel Ibis. Des flammes énormes s'échappaient des vitres brisées. A 18 heures, l'incendie était toujours en cours, atteignant les derniers niveaux du bâtiment.
La manifestation s'est ébranlée avec une heure et demie de retard, dans la plus grande confusion. Le parcours a été raccourci des deux tiers et ponctué de quelques escarmouches. En à peine plus d'une heure, la tête de cortège était revenue à proximité de son point de départ. La foule s'est retrouvée bloquée entre l'incendie en cours, à l'avant, et les CRS qui bloquaient les accès vers le centre ville, à l'arrière. Les vitres d'une entreprise ont fais les frais de ce statu quo. Des négociations ont été entamées pour trouver une issue. Mais les "black blocks" ont ressurgi à 16h30, gagnant la tête de cortège, grimpant sur le talus d'une voie ferrée puis lançant des pierres sur les forces de l'ordre installées en contrebas, de l'autre côté des voies.
Celle-ci ont riposté par d'importants tirs de gaz lacrymogènes. Elles ont coupé la route et gazé les militants pacifistes, qui tentaient de fuir ce piège en longeant le voie ferrée. La foule a rebroussé chemin, prise d'un mouvement de panique, avant de trouver enfin une issue par l'arrière.
Des petits groupes qui avaient fui de l'autre côté, le long des bassins industriels, ont finalement rebroussé chemin, cernés par les forces de l'ordre, les mains en l'air. Certains s'étaient débarrassés de leurs vêtements noirs, jetés en tas dans les herbes d'un terrain vague et parfois incendiés.
Incidents dans la matinée
Les incidents avaient débuté tôt dans la matinée, alors que certains groupes de manifestants tentaient de rejoindre le centre ville pour bloquer le sommet de l'Otan en occupant les itinéraires des convois officiels. Certains sont parvenus à s'en rapprocher, occupant des carrefours sans violences et dans la bonne humeur.
Manifestation pacifiste au centre ville
Mais la tension est montée d'heure en heure à mesure que les manifestants tentaient de rallier le lieu de départ du défilé anti-Otan, à la frontière franco-allemande, mais en étaient empêchés par les forces de l'ordre qui avaient dressé un barrage à un kilomètre du point de rassemblement. Dans les cortèges, les militants ne comprenaient pas les raisons de ce blocage, qui a duré une heure et demie en fin de matinée avant d'être soudain levé.
Lors de ce face à face, un petit groupe avait lancé toutes sortes de projectiles en direction des policiers: barres de fer, pierres, parpaings brisés et au moins deux cocktails molotov. D'autres avaient visé les caméras de viodéosurveillance, dont l'une a été jetée à terre à l'aide d'une corde lancée jusqu'au sommet du mât la supportant.
Selon la police, les affrontements de samedi auraient fait une vingtaine de blessés légers, dont quatre dans les rangs des forces de l'ordre. Vingt-huit personnes ont été interpellées, la plupart le matin, avant les incidents les plus violents.
Au final, la manifestation s'est déroulée dans la plus extrême confusion : des violences, des "black blocks" incontrôlables, des organisateurs qui semblaient dépassés par la tournure des événements, un service d'ordre interne inexistant ou reposant sur quelques bonnes volontés inorganisées, des forces de l'ordre bloquant l'accès au point de départ du cortège puis laissant libre cours aux casseurs dans le quartier isolé du port du Rhin, dont les habitants vont se réveiller principales victimes d'un sommet de l'Otan chaotique.
T.C. (avec F.V.)
A Strasbourg, ça a chauffé dans la manif anti-Otan
Par Rue89 04/04/2009Plusieurs milliers de personnes ont manifesté leur opposition au sommet de l'Otan dans un climat extrêmement tendu.
(De Strasbourg). Le climat est extrêmement tendu : à côté du cortège pacifique, plusieurs incendies et des pillages orchestrés surtout par le Black Block, que les forces de l'ordre ont mis un certain temps à maîtriser, ont eu lieu en trois points de la capitale alsacienne qui accueille les chefs d'Etat. De l'ancien poste de douane, il ne reste plus rien.
Pendant la manifestation, les dirigeants des pays de l'Otan ont avalisé la stratégie américaine sur l'Afghanistan, qui avait été exposée avant même que le sommet ne se réunisse (à quand la fameuse « co-direction » de l'Otan souhaitée par la France ? ). Cette stratégie, a expliqué Nicolas Sarkozy en clôture du sommet, « correspond point pour point à ce que les Européens demandaient depuis des mois et des années (…). La thèse qui a toujours été défendue par l'Europe sur l'Afghanistan est en train de triompher. »
Barack Obama a annoncé l'envoi de 5 000 hommes supplémentaires en Afghanistan (sa nouvelle stratégie prévoit un accroissement total de 21 000 hommes). Mais si la France appuie ce renforcement des forces, elle n'a envoyé aucune troupe supplémentaire, à la différence de l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne, les Pays-Bas, le Portugal, l'Italie, la Grèce, la Pologne, la Turquie et la Croatie. L'objectif affiché de ce renforcement est d'empêcher que les talibans ne fassent dérailler les élections prévues au mois d'août.
Pendant leur rencontre, les dirigeants de l'Otan ont désigné leur nouveau secrétaire général. Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen prendra ses fonctions en juillet. Il remplace le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer. Cette nomination a failli dérailler dans la matinée, en raison de l'opposition du seul pays musulman de l'organisation, la Turquie. Celle-ci reproche à Rasmussen de ne pas avoir condamné le journal ayant publié les fameuses caricatures du prophète Mahomet, fin 2005. Finalement, l'affaire a été réglée à huis clos.
L'Otan a accueilli pendant cette réunion deux nouveaux membres, la Croatie et l'Albanie. La Macédoine devrait bientôt suivre. « La porte reste ouverte à d'autres pays », a déclaré Barack Obama. P.R.
19h20. Le Samu évoque une dizaine de blessés légers. La Coordination anti-Otan parle, elle, de deux blessés graves.
19h05. Joint par Rue89, un porte-parole de la Coordination anti-Otan parle de « chaos » et accuse la police d'en être la cause :
« Les gens ont répondu aux provocations policières. Ça a été extrêmement violent et ils arrêtent tout le monde, pacifistes ou pas pacifistes. Ils ont fait tout leur possible pour que ce soit confrontatif. » F.K.
18h00. Le cortège se dispèrse. La course poursuite entre les CRS et les radicaux se termine sur les quais du Port du Rhin.
17h40. Des images des affrontements rue du Havre, des Dernières Nouvelles d'Alsace.
17h30. La préfecture annonce 10 000 manifestants. Et les organisateurs, trois fois plus, selon le site des Dernières Nouvelles d'Alsace.
17h15. Témoignage de Cédric, étudiant :
« La manif s'est déplacée vers le Port Autonome et elle est passée sous le pont de la voie ferrée. Les arrêts de bus sont saccagés, les Black Blocks sont entrés dans les cours d'usine et ont pété les vitres, mais il n'y a pas eu de départ de feu. En tête de la manif, les pacifistes s'étaient assis ou formaient des chaînes pour bloquer les “fighters”, mais ils sont passés par les côtés et ils sont montés sur le pont. Il y a 300 ou 400 cagoulés sur la butte de la voie ferrée qui lancent des caillasses et des cocktails Molotov. La voie ferrée coupe une route, et ils ont réussi à pousser deux wagons au milieu de la route pour la bloquer. Il y a des lacrymos, tout le monde évacue et repart en direction des Deux Rives. » F.K.
17h10. Les forces de police, très nerveuses, ont mis en place un barrage filtrant pour éviter que les radicaux et autonomes ne s'infiltrent, ne laissant passer que les manifestants pacifiques. Les gens passent, les mains en l'air. Certains qui portaient des vêtements noirs ont été passés à tabac. Il semble que des radicaux du Black Block se soient fondus dans la manif en changeant de vêtements car partout brûlent des tas d'habits noirs.
La police a pourchassé partout de multiples petits groupes de radicaux, dispersés dans les usines alentour. P.M.
16h45. Affrontements entre Black Blocks et forces de l'ordre autour du jardin des Deux Rives, où la manifestation est à l'arrêt, coincée entre les deux camps. Témoignage d'Héloïse, une manifestante :
« Il y a un barrage de police et une centaine de Black Blocks qui lancent des pierres et des fumigènes. L'hôtel Ibis et une pharmacie sont en feu. La CGT a demandé qu'on fasse une chaîne. Ils négocient avec la police pour qu'on puisse passer mais ils ne veulent pas. » F.K.
16h30. Alors que les CRS ont bloqué un temps la fin du parcours à cause des nombreux incendies pas encore maîtrisés, le cortège va pouvoir reprendre sa route. A l'arrière cependant, les radicaux, très nombreux et déterminés, habillés de noir se sont mis à construire une barricade à l'aide de palettes qui étaient entreposés dans une entreprise. P.M.
16h10.Le cortège s'est arrêté. Alors qu'il s'apprêtait à entrer dans le quartier résidentiel du port du Rhin, une résidente, constatant les importants dégâts déja perpétrés, a pris la parole et enjoint les manifestants à rebrousser chemin. Ceux-ci, de toutes façons, sont bloqués par les CRS qui les empêchent de boucler le circuit prévu.
La foule commence donc à à refluer vers le quartiers d'Anvers, dont le bureau de poste a été saccagé à coups de pierres par le Black Block, après qu'il avait renversé deux wagons de marchandises sur le passage à niveau. P.M.
15h50.La manifestation se poursuit, toujours émaillée d'incidents et de heurts violents avec la police. Les plus radicaux cassent tout. Ils viennent de mettre un wagon de marchandises au milieu de la rue qui va du pont d'Anvers à l'Allemagne. P.M.
15h40.Selon les organisateurs, 30 000 personnes participent à la manifestation. Et 8 000 autres seraient coincées du côté allemand : le pont de l'Europe, qui relie les deux rives du Rhin, est fermé. François Krug
15h12. Le cortège s'est enfin mis en marche et longe le port du Rhin, selon l'itinéraire en boucle prévu. Le rassemblement est hétéroclite, qui va du Mouvement de la paix, aux Kurdes qui veulent la libération Ocalan en passant par les catholiques pour la paix de Pax Christi. Toutes les forces de gauche françaises et allemandes sont là, ainsi que les Verts.
Quelques échauffourées ont eu lieu après le départ, en fin de cortège. Un camion de CRS s'est fait caillasser alors qu'il passait sous une voie ferrée par des manifestants au-dessus. Le Black Block s'est dispersé dans la manifestation. P.M.
14h55. Une equipe technique de retransmission vidéo bloquée par les manifestants à la passerelle des Deux-Rives côté Français après la cérémonie. Les policiers Français ayant quitté le site depuis dix heures (fin de la cérémonie officielle). La police allemande a dû traverser la frontière pour protéger ces techniciens. Lanzo
14h35. Plusieurs centaines de membres du Black Block se sont emparés du quartier du Port-du-Rhin, auquel ils ont commencé à mettre le feu avant que les CRS ne les délogent. Une armée de ces manifestants fait maintenant face aux forces de l'ordre dans les champ qui jouxte le jardin des Deux-rives.
Le Black Block est extrêmement bien organisé : il lance des pétards sur les CRS qui répliquent aux grenades lacrymo et explosives et a déployé une immense banderole pour ne pas que l'on puisse voir ce qui se prépare derrière. Certains d'entre eux portent des kits de premier secours sur le dos.
Pendant ce temps, à cent mètres de là, la manifestation -où Marie-Georges Buffet et Olivier Besancenot sont présents- essaie de démarrer. Un appel au calme a été lancé : « que la police arrête de tirer, on va partir. » P. M.
14h00. Si une partie des manifestants se voulait pacifique, les plus « enragés » semblent prêts à un affrontement violent. Particulièrement nombreux, très bien préparés, encapuchés, armés de pierres ramassés sur des voies de chemin de fer, ils ont élevé une barricade sur le Pont de l'Europe qui relie la France à l'Allemagne et y ont mis le feu.
Des militants allemands sont toujours bloqués de l'autre côté de la frontière, ne pouvant plus traverser le Rhin. Le poste frontière a été pillé, détruit. Les manifestants s'attaquent maintenant à une banque voisine, tandis que l'ancienne douane est maintenant en feu. Paul Meyer
Affrontements au pont Vauban, la SPA prise en tenaille
Samedi 4 avril 2009 - NDA - Par Matthieu Mondoloni - Christian Bach - Philippe Dossmann
De nouveaux incidents opposent depuis 3h du matin forces de l’ordre et militants anti-Otan qui tentent de rejoindre le centre-ville de Strasbourg. (...)
La SPA prise en tenaille
12h20, Forte inquiétude à la SPA qui se trouve en contrebas de la route du Rhin où forces de l’ordre et manifestants se font face à face dans une ambiance très très tendue.
Des manifestants ont arraché les grilles de le SPA pour s’introduire sur le site. Les forces de l’ordre ont lancé "une quinzaine de grenades lacrymogènes" dans l’enceinte du refuge, semant la pagaille. Les responsables du refuge sont très inquiets et furieux de n’avoir pas été prévenus par les autorités. Ils auraient dans ce cas procédé au déplacement des animaux.
Sur la chaussée, des manifestants ont éparpillé de la broussaille et y ont mis le feu.
« On est envahi de fumée, raconte le président de la Société protectrice des animaux, qui accueille 60 chiens et 80 chats. Nos animaux sont stressés à mort. J’ai peur pour le refuge », confie-t-il encore au téléphone, entre les déflagrations et les aboiements.
Une dizaine de salariés sont à ses côtés pour surveiller le site, révoltés par la situation et craignant un départ d’incendie. « On a téléphoné au 17, pour qu’ils arrêtent : je suis sûr qu’ils ne savent même pas qu’il y a des animaux là-dedans. De toute façon, on n’en restera pas là ! »
En attendant, les salariés ont enfilé les masques de protection contre la grippe aviaire, et ils ramassent les cartouches de gaz qui pleuvent, avec les yeux qui pleurent, en espérant que ça s’arrête le plus vite possible.
11h55, des affrontements très violents (gaz lacrymogène, jets de pierre) sont en cours au pont Vauban, au bout de la route du Rhin, sur la route qui mène au pont de l’Europe.
Ailleurs en ville, avenue de la Paix, les manifestants bloquent toujours pacifiquement la voie de tram qui mène au Wacken. Le cordon des CRS est positionné avenue des Vosges à la hauteur de la rue Louis Apfel.
Ballet impressionnant d’hélicoptères dans le ciel de Strasbourg. Les délégations officielles se déplacent dans les airs.
Les forces l’ordre chargent route du Rhin/rue du Havre
10h55, sans raison, a constaté un journaliste des DNA présent sur place, les forces de l’ordre ont procédé à une nouvelle charge à l’intersection de la rue du Havre et de la route du Rhin, où se trouvent plusieurs centaines de manifestants anti-Otan. Les forces de l’ordre font usage de gaz lacrymogène. Cette intervention créée des tensions dans les rangs des manifestants qui ne se livraient à aucune provocation. Une nouvelle fois l’ambiance change, la tension monte, les grenades lacrymogènes volent.
Parmi les manifestants, les plus déterminés commencent à se procureur des manches de bois, ramassent des cailloux. Les manifestants ne sont plus qu’une petite centaine. Les policiers progressent vers les manifestants qui jettent des projectiles. Les manifestants pacifiques sont au premier rang, les plus violents sont derrière eux.
Les policiers chargent peu après 11h. Des renforts des forces de l’ordre arrivent sur place.
10h20, les forces de l’ordre repoussent à l’aide des grenades lacrymogènes les manifestants qui sont à l’angle de la route du Rhin et de l’avenue Aristide-Briand. Les manifestants reculent sous les gaz lacrimogènes, sans résister, aux cris de "we are peacefull, what are you ?". Un peu plus tard, les forces de l’ordre quittent les lieux, seuls restent sur place des policiers en civil, face à des manifestants qui reviennent vers le parcours, les bras levés, brandissant le drapeau multicolore "Pace".
10h15, les forces de l’ordre viennent d’encercler les quelque 500 manifestants qui sont au croisement de la route du Rhin et de l’avenue Aristide Briand. Il ont fait usage de grenades lacrymogène pour disperser les manifestants.
9h45, 25 interpellations selon la préfecture citée par l’AFP. -Comme nous l’annoncions il y a quelques heures déjà, la police a procédé à des interpellations cette nuit et ce matin. Les forces de l’ordre ont interpellé 25 personnes lors des interventions pour repousser des militants anti-Otan dans le sud de Strasbourg.« Un nombre important » de militants, qui transportaient des barres de fer et des pierres dans leurs sacs, ont tenté à l’aube de sortir de leur camp « alternatif » et « autogéré » dans le sud de la métropole alsacienne, selon la préfecture du Bas-Rhin.-Les manifestants avaient annoncé leur volonté de perturber la tenue du sommet de l’Otan en occupant des axes menant au Palais des Congrès où se réunissent les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance atlantique.-
9h40 : aux abords du pont Churchill, les manifestants ont décidé de s’éloigner du centre pour se diriger vers le lieu où doit se tenir la grande manifestation de cet après-midi, le champ de foire Desaix, près du pont de l’Europe.Ils sont bloqué par les forces de l’ordre au croisement de la route du Rhin et de l’avenue Aristide Briand. Les manifestants sont assis au sol.
8h45, les manifestants du sud sont aux abords du pont Churchill, près de l’UGC. Les forces de l’ordre ont amené sur place les canons à eau.
8h15, le mouvement des Block Nato, mouvement des "désobéissants", vient de diffuser un communiqué sur son action aux entrées de Strasbourg. Il déclare que "3000 personnes ont entamé une action. 300 à 400 personnes sont en train de manifester en ville et ont passé la place de la République", sur le chemin du sommet de l’Otan. "100 personnes sont en train de bloquer la route à l’accès nord de l’avenue Herrenschmidt et un groupe manifeste avenue de la Paix. 2000 personnes ont quitté le camp et sont en route pour le sommet." Block Nato parle "d’action de désobéissance" civile, affirmant que les forces de l’ordre n’ont pas de réponse à ces actions. L’opposition des autorités à toute manifestation au centre ville "a échoué", affirme le Block Nato.
8h15, 400 à 500 manifestants s’avancent, bras levés pour la plupart vers les forces de l’ordre, au pont Churchill, en scandant "we are peacefull, what are you ?". Les forces de l’ordre font usage de gaz lacrimogène. La foule se disperse dans les environs, notamment sur le môle Seegmuller. Pas de violence, du côté des manifestants indique la journaliste des DNA présente sur place. L’ambiance semble moins tendue qu’en fin de nuit.
8h, des manifestants du Block Nato sont rassemblés à l’angle de l’avenue des Vosges et de l’avenue de la Paix, au centre ville. Ils dansent au rythme de tambours. Certains sont assis parterre, d’autres sont debout. Là encore, l’ambiance est plutôt festive et très différente de celle qui règne dans le secteur du pont Churchill. Les forces de l’ordre sont tout autour.
(...)
Cette nuit et jusqu’à 7h15, ce matin
Vers 6h du matin, des groupes de manifestants (plusieurs centaines au total selon une source policière) étaient près de l’avenue de Colmar, alors que d’autres étaient dans le secteur de la route du Polygone. Un dispositif policier a été mis en place près du restaurant Mc Donald de la Meinau pour empêcher les militants de passer vers le centre-ville.
Vers 7h , les manifestants se retrouvent une nouvelle fois au Neuhof, aux abords de la cité, dans le secteur de l’hôpital Lyautey, rue des Canonniers. Ils sont environ 400, dont certains masqués et brandissant des drapeaux rouges et jaunes. Les manifestant se dirigent vers la route du Neuhof. Un peu plus tard, il se déplacent au pas de course route du Polygone.
Au cours de la nuit, les émeutiers se sont déplacés par petits groupes, jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre.
Des anti-Otan auraient réussi à s’introduire dans Strasbourg, plus près du centre ville, dans le secteur de la Gallia et des Contades.
Des interpellations ont eu lieu cette nuit déjà.
7h15 : quelque 200 manifestants se dirigent depuis la route du Polygone vers le pont Churchill, quelque 200 autres se dirigent vers la place du Marché à Neudorf.
Heurts violents à Strasbourg entre manifestants et police, des blessés
STRASBOURG (Yahoo infos, samedi 4 avril) - Des heurts violents entre les forces de l'ordre et les manifestants mobilisés contre le sommet de l'Otan ont fait des blessés samedi à Strasbourg.
"Il y a eu des blessés", victimes de gaz lacrymogènes et de tirs de flashball, a confirmé un porte-parole du Medical Team des anti-Otan sans en préciser le nombre. Un journaliste de l'AFP en a vu deux.
Peu après midi, après deux heures de blocage, la police a ouvert l'accès au Jardin des Deux Rives, et un groupe d'une vingtaine de personnes masquées a pillé la boutique d'une station service et incendié un poste de police entièrement vide, près du pont de l'Europe. Les manifestants ont commencé à décrocher des drapeaux à l'entrée du territoire français et à saccager le bâtiment en brisant toutes les vitres à coups de pelles et pierres.
Plus tôt des milliers de personnes à Strasbourg et dans la ville allemande voisine de Kehl avaient commençé à converger vers le lieu du départ prévu de la manifestation anti-Otan, mais le face-à-face avec la police était tendu côté français.
Alors qu'à Kehl, la police souhaitait une "manifestation ensoleillée" aux nouveaux arrivants, côté français entre 2.000 et 3.000 manifestants, selon la police et les manifestants, étaient bloqués par les forces de l'ordre.
Les policiers empêchaient, en faisant usage de gaz lacrymogènes, les protestataires de rejoindre le lieu de rendez-vous, le Jardin des Deux Rives, sur la rive française du Rhin dans l'est de la capitale alsacienne.
"Le pont prévu pour que les manifestants rejoignent le point de départ de la manifestation au Jardin des Deux rives aurait dû être ouvert à partir de 10H00, mais ils ont pris du retard du côté du sommet", a expliqué Christophe Cunniet du Mouvement de la Paix. "La police nous interdit d'aller au Jardin des Deux Rives, on ne comprend pas", a déclaré un porte-parole de la Legal Team Strasbourg, Alain Charlemoine.
Des manifestants bloqués commençaient à montrer de l'impatience en lançant des cailloux et toutes sortes de projectiles en direction des forces de l'ordre qui répliquaient avec des gaz lacrymogènes.
Un bloc d'environ 3.000 manifestants était ainsi isolé et empêché de rejoindre le jardin des Deux Rives, ou d'emprunter un pont voisin, le pont Vauban. Un autre bloc d'environ un millier de manifestants se trouvait au delà du pont. Selon une source policière, il y a eu 25 interpellations et quatre personnes placées en garde à vue depuis vendredi soir.
"Il y a deux types de groupes: des pacifistes et des groupes qui cherchent à en découdre", selon cette source, qui explique que le dispositif policier autour du campement alternatif dans le sud de la ville vise éviter des sorties massives et à juguler les manifestants vers les lieux où ils peuvent accéder.
Les casseurs font tourner la manif anti-Otan au cauchemar
DNA 4 avril 2009 - La manifestation au départ du champ de foire Desaix, près du Jardin des Deux Rives à Strasbourg, qui devait être le point d'orgue de la protestation des anti-Otan s'est terminée dans la confusion, les jets de gaz lacrimogène et les violences. Les casseurs, du mouvement Black Blocks, notamment, ont fait tourner cette manifestation au cauchemar. Toute une partie du Port du Rhin est sinistrée ce soir. Ci-dessous, le récit de la manifestation.
Une dizaine de blessés et quelques interpellations19h30, selon un communiqué de la préfecture du Bas-Rhin, la manifestation des anti-Otan "aurait fait une dizaine de blessés légers, parmi les manifestants, dont la plupart ont été pris en charge par le SAMU". Selon d'autres informations que nous avons pu recueillir de source hospitalière, il y a eu 24 blessés légers. Selon Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, quatre des blessés recensés parmi les forces de l'ordre, hier et aujourd'hui.
"Les éléments les plus violents se sont attaqué à des biens publics et privés ; ils ont, en particulier, détruit du mobilier urbain, incendié en partie un hôtel et une pharmacie ainsi que les anciens locaux de la douane du Pont de l’Europe", ajoute encore le communiqué qui précise que plusieurs manifestants ont été interpellés suite à ces dégradations.
"Les forces de l’ordre contiennent les manifestants dans le secteur du Pont de l’Europe pour éviter qu’ils ne se dispersent dans les différents quartiers de Strasbourg", indique encore la préfecture.
De source hospitalière, on nous indique que la manifestation aurait fait 24 blessés.
18h15 : la manifestation se termine dans la confusion
18h15, la manifestation se termine dans la confusion. Les anti-Otan quittent la rue du Port du Rhin, par le côté du pont d'Anvers et repartent par la route du petit Rhin et la rue du Havre. Cette manifestation a très certainement fait des blessés parmi les anti-Otan qui étaient venus pacifiquement s'exprimer. Un de nos journalistes a vu au-moins deux blessés, une dame qui a fait un malaise et un homme qui était blessé à la jambe.
L'hôtel Ibis de la route du Rhin est toujours en flammes ce samedi à 18h10, selon un témoin. «Le sinistre n'est pas maîtrisé». Les gendarmes ont mis en place un périmètre de sécurité.
Les événements de l'après-midi sur une carte
Les manifestants s'extirpent du piège les bras levés
17h30 Les manifestants pacifiques continuent de quitter le cortège et de s'extirper de la souricière de la rue du Port du Rhin. De part et d'autre, les forces de l'ordre filtrent les sorties. Pour s'échapper, des militants activistes, qui comptent parmi les casseurs de l'après-midi, se défont de leurs vêtements noirs et enfilent d'autres vêtements, pour se fondre dans la foule. Les forces de l'ordre ont stationné deux camions avec des canons à eau dans la rue du Port du Rhin, à la hauteur de la rue de Lübeck.
Selon des chiffres donnés par la préfecture, ce sont 10.000 personnes qui ont participé à cette manifestation. Les organisateurs parlent de 30.000. De plus en plus de personnes quittent la manifestation pour échapper à la violence.
16h55 : la situation est dangereuse
16h55 La situation est dangereuse pour les manifestants. Les casseurs continuent d'opérer. Des personnes se trouvent prises contre des barrières. Un journaliste des DNA a vu une dame blessée au sol. Elle a pu être mise à l'abri dans un jardin. Les personnes qui étaient venues manifester pacifiquement essaient de quitter le cortège par le haut de la rue du Port du Rhin, en direction du centre de Strasbourg. Ces personnes passent un barrage filtrant en levant les bras.
16h45 La confusion règne sur la manifestation. D'un côté de la rue du Port du Rhin des casseurs ont édifié une barricade avec des palettes récupérées dans des entreprises de la rue. L'entreprise ALDES est en train d'être complètement saccagée nous indique un journaliste des DNA présent sur place. De l'autre côté de la rue du Port du Rhin, des manifestants ont essayé de passer sous le pont de chemin de fer pour rejoindre leur point de départ en passant par le quartier habité. Mais il ont rebroussé chemin.
L'hôtel Ibis s'embrase
L'hôtel Ibis brûle de plus bel. Des casseurs jettent des projectiles sur les forces de l'ordre depuis la voie de chemin de fer où il sont montés. La situation est dangereuse pour les milliers de personnes qui se trouvent prises au piège entre les casseurs et les forces de l'ordre qui opèrent pour reprendre le contrôle de la situation. Côté rue de Lübeck, à l'opposé du tunnel de chemin de fer, des centaines de manifestants pacifiques essaient de s'extirper de la manifestation en levant les bras et en avançant vers les forces de l'ordre, en direction de la rue de Lübeck. Les policiers s'approchent de la barricade dressée par les casseurs.
16h20nouvelle charge des forces de l'ordre contre les casseurs qui ont pris possession d'une partie de la rue du Port du Rhin. Les forces de l'ordre qui étaient au pont d'Anvers progressent dans la rue du Port du Rhin en direction du quartier. Le sénateur Jacques Muller (Verts) qui est dans la manifestation est intervenu pour essayer de dissuader les forces de l'ordre de donner la charge, expliquant que les manifestants non-violents risquaient d'être pris au piège entre l'avant de la manifestation, qui est à l'arrêt devant le pont SNCF et l'arrière de la manifestation où opèrent les casseurs.
Face à face au pont d'Anvers
16h Le face à face au pont d'Anvers est terminé. Les manifestants les plus déterminés se rendent rue du Port du Rhin où se trouve le reste de la manifestation. En tête de cortège, tout au bout de la rue du Port du Rhin, une habitante du quartier, qui participe à la manifestation, a pris la parole : elle veut dissuader le cortège de rentrer dans le quartier d'habitation, expliquant que c'est un secteur où les gens ont eu à subir de nombreux dégâts aujourd'hui, ajoutant que c'est un quartier défavorisé, que les habitants n'ont plus désormais de pharmacie et que rentrer dans le quartier serait donner une occasion aux casseurs qui se mêlent à la manifestation de se défouler encore.
Plus haut dans la rue, en fin de manifestation, des casseurs ont déplacé des wagons sur la chaussée.
15h50, Rue du Port du Rhin, à la hauteur de la Poste. Le cortège est très clairsemé. Des jeunes vêtus de noir, parlant allemand, ont commis de nombreuses dégradations : arrêts de bus détruits, porte vitrée de la Poste détruite, panneau publicitaire détruit, cabine téléphonique détruite.
15h45 En tête de manifestation, les forces de l'ordre ont permis au cortège de reprendre sa marche. En queue de manifestation, de nouveaux incidents surviennent. Des manifestants extrémistes font face aux forces de police, au pont d'Anvers. Ils tentent de forcer le passage, coupé par des barrières anti-émeute. Les policiers riposteNT à grand renfort de grenades lacrymogènes et à l'aide de canons à eau. Les forces de police ont le soutien de policiers allemands (un canon à eau allemand est sur place). Une grande confusion règne de nouveau, des personnes courent dans tous les sens et ne savent plus quelle direction prendre.
Les habitants du Port du Rhin s'interrogent sur la gestion de l'événement
Dans le quartier du port du Rhin, les habitants manifestent leur inquiétude et s'interrogent sur la gestion des événements. Le secteur autour de l'ancien poste de douane est sinistré.
15h30 La manifestation n'a pas du tout pris le trajet initialement prévu, en raison des événements du début d'après-midi, au pied du pont de l'Europe, autour de l'ancien poste de douane. Actuellement, la tête de la manifestation est au bout de la rue du Port du Rhin, côté quartier du Port du Rhin. Les policiers ont demandé au cortège d'attendre.
15h15 La tête de la manifestation s'est arrêtée au croisement de la rue du Port du Rhin et de la route du Petit Rhin. Des barrières anti-émeute interdisent l'accès au pont d'Anvers. Le cortège reprend sa marche et s'engage sur la rue du Port du Rhin.
15h10 La confusion règne une nouvelle fois. Des émeutiers se sont infiltrés dans la manifestation et ont provoqué les forces de l'ordre qui ont riposté. La manifestation se serait coupée en deux, une partie du cortège reflue vers le port du Rhin. Une grande confusion règne dans le quartier habité.
15h La tête de la manifestation est actuellement route du Petit Rhin. Elle se déroule sans violence et sans incident. Il y a beaucoup de drapeaux multicolore "Pace". Les banderoles disent "non à l'Otan". "On nous a empêché par tous les moyens de manifester, mais nous sommes là comme par le passé", a déclaré un leader de la manifestation au micro de la sono.
15h La grande manifestation, à laquelle participent quelque 30.000 personnes selon les chiffres donnés par les organisateurs, a pris son départ un peu précipitamment, indiquent sur place des journalistes des DNA. Des bombes lacrymogènes ont été lancées sur le champ de foire où les manifestants se rassemblaient, non loin de la place où ont eu lieu les violents incidents et où le feu se propage actuellement à l'hôtel Ibis. Ce sont les gaz lacrymogènes qui ont amené les organisateurs de la manifestation à faire partir le cortège.
La manifestation des anti-Otan a pris son départ peu après 14h30, sans les manifestants allemands qui ont été bloqués par le forces de police côté kehlois. Alors que les manifestants partent, l'hôtel Ibis prend feu.
14h30 Des affrontements d'une rare violence ont lieu actuellement au Jardin des Deux-Rives et autour de l'ancien poste de douane. Selon les journaliste sur place on assiste à "une véritable bataille rangée d'une grande violence, avec jet de projectiles". Des jeunes du quartier se sont joints aux manifestants. Des renforts des forces de l'ordre arrivent. La situation est extrêmement tendue et confuse, tout le monde court dans tous les sens.
La pharmacie en feu, une ambiance de guérilla urbaine
Pendant ce temps, des milliers de personnes sont rassemblées au champ de foire d'où doit partir la manifestation française.
14h19, les gendarmes mobiles donnent l'assaut côté français. C'est une véritable ambiance de guerre civile qui règne dans le quartier autour de l'ancien poste de douane où plusieurs milliers de personnes sont rassemblées. Les grenades lacrymogènes et les grenades assourdissantes explosent. Un incendie s'est déclaré à l'hôtel Ibis. La pharmacie est en feu. Sur place, les journalistes des DNA parlent de scènes de guérilla urbaine. Des policiers en civile, en tenue anti-émeute, sont en train d'intervenir.
14h11 La préfecture aurait interdit que les manifestants allemands passent la frontière. Le pont de l'Europe reste bloqué.
Des émeutiers commettent des dégradations dans le quartier autour de l'ancien poste de douane. La pharmacie à côté de l'ancien office du tourisme est vandalisée. Des individus s'en prennent au distributeur de billets. L'hôtel Ibis qui se trouve sur la place a subit d'importants dégâts, les vitres ont été brisées. Des dégradations ont été commises sur la Chapelle de la rencontre qui se trouve sur la même place.
13h40Marie-George Buffet, leader du parti communiste français vient d'arriver au champ de foire Desaix sur le lieu d'où doit partir la manifestation et où se trouvent des milliers de personnes.
13h30 Les policiers allemands bloquent toujours le pont de l'Europe. 8000 manifestants allemands seraient présents,côté kehlois, selon un membre de la Legal Team. Les policiers allemands ont déployé un canon à eau.
Côté français du pont, c'est la confusion la plus totale. L'ancien poste de douane est en feu. Des manifestants récupèrent des matériaux qui pourront leur servir de projectile. Le mobilier urbain est en feu.
13h15, une certaine confusion règne pour l’heure sur le lieu de départ de la grande manifestation anti-Otan de cet après-midi.
Des milliers de personnes affluent vers le champ de foire Desaix près du Jardin des Deux-Rives d’où doit partir la manifestation.
Des milliers de personnes sont parties en direction du pont de l’Europe pour aller à la rencontre des manifestants allemands qui ont quitté Kehl pour venir côté fançais, au champ de foire Desaix.
Les manifestants allemands seraient bloqués par la police allemande.
Des dégradations ont été commises sur le bâtiment de l’ancien poste frontière, près du pont de l’Europe. Des journalistes des DNA présents sur les lieux ont relevé que les vitres ont été brisées et qu’un incendie s’est déclaré dans le bâtiment.
Des pneus sont en feu sur le pont de l’Europe. Un important dispositif est déployé par les forces de l’ordre, tant côté français que côté allemand.
Un peu plus tôt, c'est la station service qui se trouve côté français, le long de la route du Rhin, qui a été vandalisée.
Christian Bach avec les journalistes de la rédaction locale de Strasbourg et de la rédaction multimédia
Mis en ligne à 13h30 (actualisé tout au long de l'après-midi)
Port du Rhin : le scénario du pire...
Alors que des milliers de pacifistes européens voulaient manifester dans le calme pour exprimer leur volonté de construire la paix en Europe et exiger la dissolution de l’OTAN, le scénario du pire s’est produit au Port du Rhin à Strasbourg.
Le PCF du Bas-Rhin apporte son soutien à la population du quartier du Port du Rhin qui depuis trois jours a vécu en état de siège et n’a vraiment pas mérité les dégradations de ce jour.
Le PCF du Bas-Rhin condamne avec la plus grande fermeté les violences gratuites des groupes venus au nom de prétextes fallacieux pour casser. Ces gens là n’ont rien à voir avec les mouvements démocratiques qui organisaient le Contre-sommet de l’OTAN. Ces groupes font le jeu des Sarkozy, Merkel, Berlusconi, Brown etc… qui dominent l’Europe et qui l’ont conduite dans l’ornière de la crise économique et sociale d’aujourd’hui…
Le PCF déplore l’attitude du Préfet du Bas-Rhin aux ordres de Sarkozy qui depuis des mois a créé les conditions d’une criminalisation du mouvement pacifiste et qui a installé dans notre ville un climat d’insécurité jamais connu. Contrairement à sa promesse faite aux organisateurs le Pont de l’Europe a été fermé, empêchant ainsi l’accès des pacifistes allemands au Jardin des Deux-Rives.
Le PCF condamne la position du Maire de Strasbourg qui a tout fait pour reléguer la manifestation pacifiste dans la périphérie de la Ville en organisant un véritable piège à manifestants. La suspension des transports en commun a aggravé la situation en retardant considérablement l’accès des manifestants. La multiplication des barrages et des contrôles créant une atmosphère insupportable !
Quelle image de la Ville de Strasbourg au lendemain du sommet de l’Otan ? Une nouvelle fois le tapis rouge est déroulé pour les puissants et les citoyens sont méprisés et humiliés. Strasbourg méritait mieux que cela ! Elle reste à nos yeux une capitale de la Paix et de la Démocratie et les peuples continueront à s’y faire entendre !
A Strasbourg, le samedi 4 avril 2009. (18h20)
Jean-Baptiste Metz
Secrétaire Départemental du PCF
Communiqué de la fédération du Bas-Rhin du PCF
Réaction de Marie-George Buffet sur les violences à Strasbourg
Je quitte Strasbourg avec un profond sentiment de colère, parce que les voix pour la paix n’auront pas été entendues.
Les autorités portent une lourde responsabilité. En dépit des avertissements répétés des organisations du rassemblement pacifiste, elles n’auront pas permis que la manifestation se déroule dans des conditions où la sécurité de tous était assurée. Depuis plusieurs jours, un dispositif de sécurité oppressant a fait monter la pression.
Mais surtout j’ai de la colère, parce que des gens qui seront présentés comme des militants anti-OTAN alors qu’il ne méritent que le nom d’imbéciles, ont commis des actes très graves qui méritent une condamnation claire et sans ambiguïté. Ces gens ne sont pas des nôtres, ce ne sont pas des militants pacifistes et nous refusons que leurs actes soient rapprochés d’une manière ou d’une autre de la manifestation pour la paix à laquelle les communistes ont participé.
A tous les niveaux, mon combat est pour la paix et ne tolère aucune manifestation de violence. Les violences gratuites qui ont frappé Strasbourg auront d’abord blessé le mouvement pacifiste.
Marie-George Buffet
Strasbourg, le 4 avril 2009
Les anti-Otan tentent sans succès de gagner le centre de Strasbourg
vendredi 3 avril, 12 h 41 - STRASBOURG (agence) - Des militants anti-Otan tentent infatigablement depuis jeudi de gagner le centre de Strasbourg, où s'est ouvert vendredi le sommet de l'Alliance atlantique, mais la police a réussi jusqu'à présent à déjouer leurs plans, aux frontières comme dans les banlieues.
Des centaines de jeunes masqués et habillés de noir, venus du campement anti-Otan au sud de Strasbourg, ont été refoulés jeudi par les policiers français, aidés de leurs collègues allemands.
Les forces de l'ordre ont à nouveau été mobilisées vendredi pour lutter contre les assauts pacifiques mais insistants de clowns grimés, dessinant des fleurs à la craie sur la chaussée, ou jetant des confettis, venus eux aussi du "village" des anti-Otan.
Tout au long de la journée, des alertes et des accrochages entre forces de l'ordre et militants ont eu lieu dans le village alternatif et alentours, avec des jets de pierre contre les policiers ou les gendarmes, et des tirs de grenades lacrymogènes ou des jets de canon à eau de la part des forces de l'ordre.
Les polices des deux pays ont par ailleurs stoppé aux frontières depuis mardi 65 personnes fichées comme militants de gauche potentiellement violents, grâce au rétablissement des contrôles aux points de passages frontaliers. Les deux pays s'échangent des "listes noires" de personnes indésirables, de gauche, de droite ou bien de supporteurs sportifs connus pour des violences.
Selon les participants du "contre-sommet" qui a démarré vendredi à Strasbourg, de nombreux militants ont été découragés par les difficultés de circuler dans et vers Strasbourg.
Vendredi, une colonne autoproclamée "armée révolutionnaire des clowns", composée d'un bus, de deux minibus et de plusieurs voitures contenant au total une centaine de clowns, a été interceptée à 2 km du camp, mais encore loin du centre de Strasbourg, par un important dispositif de policiers.
Maquillés et armés de pistolets en plastique, les clowns ont négocié une demi-heure avec les forces de l'ordre avant d'être contraints de faire demi-tour, esquissant force sourires en dépoussiérant les casques des policiers de leurs plumeaux multicolores.
Pendant cet épisode, la circulation des tramways et des bus a été interrompue, de peur que les manifestants ne s'en servent pour rallier le centre.
Jeudi, des échauffourées ont opposé dans la même zone les forces de l'ordre à des militants soutenus par des habitants du quartier sensible du Neuhof, qui tentaient de gagner la place Kléber à Strasbourg.
Ils ont eux aussi été stoppés par la police qui a interpellé 300 personnes et en a placé 105 en garde à vue, mais la plupart d'entre elles a été libérée dans la journée. Une partie des militants anti-Otan s'est nettement démarquée des violences qu'elle a dénoncées de part et d'autre.
Samedi, une grande manifestation internationale est prévue à la mi-journée. Les militants ont toujours exprimé leur opposition au tracé qui leur a été imposé et qui les cantonne dans une zone industrielle déserte et excentrée.
Le sommet de l'Otan réunit vendredi et samedi à Strasbourg, Kehl et Baden-Baden 28 chefs d'Etat et de gouvernement, dont le président américain Barack Obama.
Une complémentarité plus concrète entre l'Otan et l'UE
Le Figaro 03/04/2009 envoyé spécial à Kosovska Mitrovica (Kosovo), J.-J. M.
L'Otan pour gagner la guerre, l'Europe pour organiser la paix : conçues comme rivales, les deux institutions ne pourront bientôt plus se passer l'une de l'autre.
Si la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires, la gestion de crise est peut-être une affaire trop subtile pour s'en remettre aux seuls politiciens. Officiellement, cela fait depuis 1999 que, d'un quartier à l'autre de Bruxelles, l'Union européenne rivalise avec l'Otan pour soigner les plaies du monde. Des montagnes d'Afghanistan à la poussière du Kosovo en passant par les repaires de pirates sur la corne de l'Afrique, ceux qui arborent l'uniforme dressent au bout de dix ans un constat opposé : les deux organisations, non pas rivales mais complémentaires, ne pourront bientôt plus se passer l'une de l'autre.
Politique, la méfiance subsiste sur les 4 500 mètres qui séparent à Bruxelles le rond-point Schuman, cœur du pouvoir européen, du siège d'Evere, bastion de l'atlantisme. L'Europe, fière de sa montée en puissance, se défie naturellement de l'emprise historique des États-Unis sur l'Otan. En retour, l'Alliance s'agace d'un esprit missionnaire qui pousse parfois l'Union jusqu'à la naïveté. «Le petit jeu politicien qui consiste à tirer systématiquement la couverture à soi disparaît assez vite quand tout le monde se retrouve les mains dans le cambouis», tempère un général qui servit sous les deux écussons.
Le pragmatisme, vertu militaire, explique l'enthousiasme à peine dissimulé des officiers français à voir leur pays revenir à plein dans le commandement intégré de l'Alliance. «Du bombardement de Belgrade à l'invasion de l'Afghanistan, la France avait violé toutes les lignes rouges qu'elle s'était imposées, dit l'un d'entre eux. Aujourd'hui débarrassée du complexe d'Astérix, elle peut enfin parler au nom de l'Europe et faire bouger les choses de l'intérieur.»
«Aider les États-Unis à descendre de cheval»
Les États-Unis de Barack Obama, en se délestant eux aussi d'une partie de leur bagage idéologique, favorisent à leur tour le rapprochement. En Irak, ils se sont convaincus que la puissance militaire ne règle pas tout. En Afghanistan, ils parient désormais sur une approche «globale», faite de développement économique, de réconciliation intérieure et de diplomatie régionale. C'est là que «l'Europe peut aider l'Amérique à descendre de cheval», comme le dit joliment un responsable international au Kosovo. C'est aussi la reconnaissance d'un savoir-faire.
La convergence, il en sera beaucoup question ce week-end à Strasbourg pour le sommet atlantique et le soixantième anniversaire de l'Alliance, avec l'Afghanistan en ligne de mire. Les vingt-huit chefs d'État et de gouvernement lanceront une réflexion de longue haleine sur le travail en commun, les nouvelles missions et le futur «concept stratégique». Là encore, les militaires semblent avoir une expérience d'avance. Ce qui n'est pas surprenant quand on sait que vingt des armées de l'Otan appartiennent à l'Union européenne et que trois autres au moins ne rêvent que d'y entrer…
Pour voir l'Alliance et l'Union travailler comme les deux doigts de la main, il suffit de se rendre à Kosovska Mitrovica, haut lieu de l'irrédentisme serbe et plaie toujours ouverte dans les déchirements de l'ex-Yougoslavie. Huit ans après la chute de Milosevic, l'enclave continue de lorgner vers Belgrade. Au risque d'une nouvelle sécession, elle refuse de reconnaître l'indépendance proclamée l'an dernier par la majorité albanaise du Kosovo.
L'Otan, avec les troupes de la Kfor, et l'Europe, grâce à l'opération policière Eulex, sont officiellement là pour protéger les populations civiles et favoriser l'établissement de l'état de droit. De facto, ils ont pour mission commune d'empêcher l'éclatement du petit Kosovo et de prévenir une recomposition albanaise qui remettrait le feu à une bonne partie des Balkans, de la Macédoine à la Bosnie et jusqu'à l'Adriatique.
La première surprise de Mitrovica, c'est de trouver une majorité d'uniformes français chez les militaires de l'Otan comme chez les policiers de l'Europe. La seconde est d'entendre que des deux côtés, l'anglais est la langue la plus pratiquée par les officiers même si elle s'accommode d'un accent gaulois. Ceux-là n'auront pas de difficulté à s'intégrer dans les 800 postes que l'Alliance atlantique promet à la France dans sa quinzaine d'états-majors. Pas de hiatus non plus du côté des procédures : «Elles sont déjà standardisées et pour l'essentiel inspirées de l'Otan», note un gendarme venu de l'Isère. «La France devient un allié comme les autres», constate un ancien chef d'état-major des armées.
Sur le terrain, la fierté des militaires n'est plus tricolore. Elle est devenue européenne. «À la différence de l'Otan, où tout est planifié, l'Europe n'a pas de doctrine, elle progresse en tâtonnant, dit un responsable d'Eulex. Mais cela lui donne aussi la souplesse qui convient aux situations de crise. Lorsque l'Otan finit son travail de soldat, l'Europe innove et s'impose comme le chaînon manquant, celui qui peut assurer le retour à la confiance et la reprise en douceur de la vie civile.» À Mitrovica comme dans le reste du Kosovo, Eulex s'est imposée en cinq mois comme le tuteur d'une police et d'une justice locales renaissantes.
Les États-Unis pour gagner la guerre. L'Union européenne pour gagner la paix. Le partage des tâches pourrait prochainement s'étendre du Kosovo à l'Afghanistan. Le président Obama a pratiquement renoncé à lever des troupes de l'Otan sur le Vieux Continent. Mais il lui réclame davantage d'efforts pour l'«action civile». C'est la reconnaissance d'un savoir-faire. La France répond en promettant d'envoyer 150 gendarmes et en proposant aux autres d'en faire autant. Elle est soucieuse d'accompagner son retour complet dans l'Alliance d'un surcroît de ferveur européenne.
D'une rive à l'autre de l'Atlantique, il ne s'agit pas d'un passage de témoin. L'expérience du Kosovo montre que les soldats de l'Otan et la police européenne œuvrent au mieux en simultané. Pour rendre la justice chez les Serbes du Kosovo, la magistrate peut être néerlandaise, les gendarmes français ou polonais. Mais les blindés de la Kfor, présence dissuasive, ne sont jamais garés très loin. «Dès que ça tire, je peux intervenir sans le feu vert de quiconque», précise un général de l'Otan.
L'un des responsables militaires de l'Union l'admet sans peine, depuis Bruxelles : «En milieu hostile, l'Europe ne sait toujours pas faire. Elle n'a pas non plus le volume de forces requis.» Du côté de Mitrovica, un général allié parle de l'Otan comme d'un orchestre symphonique «qui joue sous la direction d'un vrai chef. L'Europe, dit-il, ce serait plutôt un festival de fanfares amateurs : il y a des couacs, mais ça ne manque jamais d'enthousiasme».
Synergie presque paradoxale
L'Otan au Kosovo, ce sont près de 15 000 hommes, dont 10 % de soldats américains que personne ne souhaite voir partir. L'Eulex européenne, c'est à peine quelques centaines de gendarmes, magistrats et fonctionnaires qui devraient être portés à 1 500 dans l'année. En Afghanistan, le rapport est disproportionné. Les États-Unis disposeront bientôt de 60 000 hommes. Soit deux fois plus que la trentaine d'armées européennes qui ont dépêché des troupes.
Entre deux acteurs de cultures, d'approches et de moyens si différents, la synergie est presque paradoxale. Elle est née sur les terrains d'opérations. Entre le siège de l'Alliance et celui de l'Union, la coopération à haut niveau est impossible. La Turquie, pilier de l'Otan, ne veut rien partager - surtout pas des données militaires - avec Chypre, entrée dans l'Europe il y a cinq ans. Et réciproquement. Chacun des deux pays tient sa propre organisation en otage. C'est ce qu'à Bruxelles on appelle pudiquement les «difficultés institutionnelles».
Si les gendarmes français vont en Afghanistan, les troupes de l'Otan pourront les localiser instantanément grâce au Blue Force Tracking, un système satellitaire de suivi ami/ennemi. Mais l'inverse ne sera pas vrai, Istanbul obligeant l'Otan à garder ses secrets pour elle. En principe, Jaap de Hoop Scheffer, le secrétaire général de l'Otan, et Javier Solana, le haut représentant européen, n'ont même pas de relations formelles. Dans la réalité, dit un responsable militaire de l'Union, «les états-majors se parlent en permanence». L'important, précise un de ses homologues américains à l'Otan «est de ne pas laisser de trace écrite».
Sur le terrain comme à Mitrovica et pour la même raison, les chefs de la Kfor et ceux d'Eulex ne reçoivent de Bruxelles aucune consigne précise sur la façon d'opérer ensemble. L'Union européenne laisse officiellement ses officiers définir le modus vivendi. L'Otan ferme les yeux sur d'innombrables «contacts informels» qui sont de vraies sessions de travail où se planifient en détail les opérations des jours qui viennent.
Des deux côtés, cela va des généraux aux chefs de compagnie. Ni Ankara ni Washington n'y trouvent à redire. Au Kosovo, cette schizophrénie est poussée si loin qu'une trentaine de policiers turcs et 80 américains participent à la mission «européenne» Eulex. En théorie, ça ne marche pas. Dans la réalité, ça tourne déjà comme une horloge.
Plainte après la « disparition » d’un drapeau « pacifiste »
DNA - 3 avril 2009 - Par Pierre Séjournet
Les Dorbath habitent au troisième étage d’un immeuble situé rue des Veaux, à Strasbourg. De nombreuses fenêtres donnent sur l’Ill, face au quai des Bateliers. A l’une des fenêtres, ils ont déployé dimanche dernier un drapeau multicolore.
« A onze heures, le drapeau Pace No to NATO (Paix - Non à l’OTAN) était à notre fenêtre. A onze heures trente, il n’y était plus ». Dans l’intervalle, cinq policiers sont entrés en sonnant chez la voisine du rez-de-chaussée. Les Dorbath supposent que ces policiers ont arraché le drapeau en se postant au-dessous de leurs fenêtres.
Ils ont déposé plainte dans l’après-midi, en relatant les circonstances de l’incident. Selon le couple, des gendarmes mobiles postés en face de leur appartement auraient vu les policiers agir.
Universitaires, les Dorbath trouvent cette disparition de drapeau « affligeante ». Lorsqu’ils ont déposé plainte, la fonctionnaire du commissariat de police leur a indiqué que, dans certaines zones, ses collègues « avaient l’ordre de faire retirer les drapeaux multicolores ».
Cet incident semble infirmer les déclarations de la représentante de la préfecture bas-rhinoise au juge des référés, lors d’une audience mardi dernier. Elle déclarait que les premiers drapeaux multicolores retirés des fenêtres à Strasbourg étaient des « actes isolés », sans « directives » allant en ce sens.
La coordination française anti-Otan dénonce une rumeur chez les manifestants
STRASBOURG (Yahoo infos) — Vendredi 3 Avril 2009 - Le Mouvement de la paix, un des membres du collectif français anti-otan, a appelé jeudi soir les militants rassemblés au campement autogéré du sud de Strasbourg à ne pas se laisser gagner par une rumeur infondée sur la mort d'un manifestant au G20 de Londres.
"Beaucoup du malaise actuel, dans le +village+, vient d'une rumeur sur les circonstances de la mort d'un manifestant au G20 de Londres. Nous appelons les habitants du village à ne pas croire à la thèse d'un assassinat, car aucun de nos partenaires en Grande-Bretagne ne met en doute qu'il s'agissait d'un malaise cardiaque", a déclaré à l'AFP Arielle Denis, coprésidente du Mouvement de la paix.
De violentes échauffourées ont opposé à plusieurs reprises jeudi après-midi et jusque dans la soirée des centaines de militants d'extrême-gauche aux forces de l'ordre, à la veille de l'ouverture du sommet de l'Otan à Strasbourg.
Une centaine de manifestants ont été interpellés, a indiqué la police. Certains étaient armés de piquets de bois, et d'importants dégâts de mobilier urbain sont à déplorer, a-t-elle ajouté.
Un photographe allemand de l'agence ddp a été blessé d'une balle en caoutchouc au ventre, a-t-on appris auprès de son employeur.
Le collectif "Résistance des deux rives", qui organise le campement du "village", a expliqué dans un communiqué sur internet que la manifestation survenait "par solidarité" avec les manifestants contre le G20 à Londres.
Les manifestants ont été enflammés par une rumeur selon laquelle la mort d'un homme mercredi à Londres pendant les manifestations n'était pas due à une crise cardiaque, comme indiqué par les autorités britanniques. Le collectif a estimé que sa mort était "une conséquence des terribles méthodes de la police", sans plus de précision.
Le sommet de l'Otan réunira vendredi et samedi à Strasbourg, Kehl et Baden-Baden, 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'alliance militaire. Une grande manifestation anti-Otan est prévue samedi à Strasbourg.
Au sujet des évènements récents du 2 avril 2009
En tant que contacts du Comité de Coordination Internationale, nous, Arielle Denis, Frédéric Henry et Reiner Braun rejetons strictement toute forme de violence contre des personnes et des biens.
Selon nos informations, la police a arrêté le 2 avril une petite manifestation spontanée. Ensuite, ses participants se sont livrés à des actes de violence, ont démoli des arrêts de bus et brulé des poubelles.
Un accroissement des tensions, dans une ville aussi militarisée avec une telle présence policière ne peut que faire le jeu des promoteurs de la guerre et du surarmement.
Un très petit nombre d'individus violents, manipulés ou non, ne peuvent jeter le discrédit sur le message pacifique de notre contre-sommet, qui mobilise des milliers de participants riches de nouvelles idées.
Bienvenue à tous !
Faut-il combattre l'OTAN ? Le débat du jour, 17mn sur RFI le 1er avril 2009
Une émission de Jean-François Cadet, avec Pierre Villard co-président du Mouvement de la Paix,
face à Pierre Servent journaliste spécialiste des questions de défense et de stratégie, colonel de réserve
Strasbourg: le campement autogéré des anti-Otan prend vie
20 Minutes - 2 avril 2009 - REPORTAGE - Déjà 3.000 personnes se sont regroupées dans un village où les décisions sont prises collectivement...
Un géant en carton-pâte avec une mitraillette factice en bandoulière. Tel un totem, ce mannequin de plusieurs mètres trône à l'entrée du village autogéré des anti-Otan, à la Ganzau, aux abords de Strasbourg. Il symbolise leur opposition à ce qu'ils qualifient de «machine de guerre».
Les organisateurs, qui tablent sur la présence ce week-end de plus de 5.000 personnes sur le camp, en comptaient déjà jeudi près de 3.000. «On n'attendait pas autant de monde à cette heure, c'est bon signe», se réjouit Ben.
Membre du collectif Dissent, une des organisations présentes sur le camp, il est chargé d'accueillir la presse. «On vous ouvre le village entre 13 h et 14 h, explique t-il aux journalistes. Vous avez le droit de travailler mais pas forcément de filmer car il y a des gens ici qui ne le souhaitent pas».On peut participer en donnant du bois
Le fonctionnement lui-même du camp est régi par une règle simple: «Tout le monde est acteur en participant aux décisions et en donnant ce qu'il peut et pas forcément de l'argent mais du bois par exemple».
Venu du Var avec son compagnon, Christine, 55 ans, a décidé de se joindre au contre-sommet «car, explique-t-elle, je suis profondément altermondialiste, écologiste et antimilitariste».Une organisation en «barrios»
La vie en communauté s'articule autour de «barrios» (quartiers en espagnol) où des campeurs se regroupent librement par nationalité, affinité politique ou encore entre amis. Outre sa fonction de lieu de vie, le village est aussi l'endroit où les anti-Otan décident leurs actions.
A Strasbourg, L.M.
Otan : la forteresse Strasbourg
Le Point 1er avril 2009 - Des mesures de sécurité draconiennes ont été déployées dans la capitale alsacienne en prévision du sommet de l'Otan, les 3 et 4 avril. Pour le plus grand inconfort de ses habitants.
C'est du jamais vu depuis les accords de Schengen : sur le pont de l'Europe, entre Strasbourg et Kehl (Allemagne), une file de voitures ininterrompue attend de passer au filtre des contrôles de la douane, remis en place depuis le 20 mars. Près de 10.000 hommes - policiers, CRS, gendarmes mobiles et personnel de la Garde républicaine, forces spéciales, plongeurs, militaires en hélicoptères - ont été déployés entre la capitale alsacienne et les environs. Hôtels et même... couvents ont été réquisitionnés pour loger tout ce petit monde. Venus de toute la France, certains ont du mal à intégrer leur nouvel environnement : "C'est parfois difficile avec les noms de rues ici", avouent, avec une pointe d'accent lyonnais, deux motards de la police municipale penchés sur une carte du centre-ville. Pas sûr que le GPS, fâché avec la prononciation des noms alsaciens, les aide beaucoup.
Pour les habitants, le sommet est surtout une source de désagréments. Alors que les parents s'organisent pour la garde des enfants le vendredi, premier jour du sommet, en prévision de la fermeture des écoles et des crèches, l'université est fermée pour toute la semaine. "Le danger était réel que l'on soit occupé par les manifestants", remarque Alain Beretz, président de la nouvelle université unique de Strasbourg, devant un campus désert. Si les militants du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), "des gentils", ne lui font pas peur, il redoute les anarchistes, suspectés d'avoir saccagé un bureau dans le patio de l'université en fin de semaine dernière, alors que l'ébullition étudiante contre la loi Pécresse ne s'éteint pas.
Les chasseurs n'iront pas taquiner le gibier
Même les amateurs de pique-nique au soleil doivent avaler leur sandwich au bureau : "Les parcs sont fermés", note Carole, gérante d'un magasin d'alimentation. Son collègue, domicilié à Mundolsheim, a été privé de jogging sur sa colline préférée : "La zone était couverte de barbelés pour y installer des missiles antiaériens." "Nous sommes dans un État de dictature, râle Bernadette Lutz, une enseignante de 60 ans. "S'il y a autant de protection autour des chefs d'État, c'est qu'ils ne doivent pas voir certaines choses." Mais l'agacement provoqué par le déploiement des forces de sécurité ne sert pas forcément les anti-OTAN, dont les "clowns autonomes" qui défilent cet après-midi près de la gare en "parade solidaire contre le cirque sécuritaire". "Je n'ai pas envie de me balader avec 30.000 personnes qui ont la haine, explique Benjamin, 31 ans, longs cheveux bouclés et écolo-pacifiste revendiqué. Obama peut quand même apporter quelque chose de nouveau."
Parmi les victimes insoupçonnées du sommet de l'Otan, on compte les chasseurs du Bas-Rhin, à qui la préfecture a interdit de taquiner le gibier. Les vitriers, comme le personnel hospitalier, sont sur le qui-vive en prévision de casse et de blessés potentiels - des heurts ont déjà eu lieu mardi soir entre les forces de l'ordre et le village des anti-OTAN, au sud de Strasbourg. Seuls les sans-abri, sans doute, se réjouissent : le plan hivernal d'hébergement d'urgence, qui se terminait le 31 mars, a été rallongé au 6 avril.
Dominique de Villepin opposé au retour de la France dans l'OTAN
Cyberpresse 1er avril 2009 - L'ancien premier ministre français et rival acharné de Nicolas Sarkozy a fait salle comble, mercredi après-midi, dans les sous-sols de l'Assemblée nationale, où ses amis députés l'avaient invité à expliquer son opposition au retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN.
La rencontre, organisée par les six députés qui lui restent fidèles, a réuni plus de 300 personnes salle Victor-Hugo. En plus du sextuor villepiniste, on remarquait la présence de l'ancien président du Conseil constitutionnel Yves Guéna, des ex-ministres Henri Cuq, Nelly Olin et Brigitte Girardin, ainsi que du député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. «J'en connais d'autres qui dans d'autres endroits ont commencé avec moins que ça», a glissé le héros du jour.
Pendant 40 minutes, le héraut du «non» à l'intervention américaine en Irak en 2003, qui n'était plus revenu au Palais-Bourbon depuis mai 2007, a développé les raisons de son hostilité à la décision «inopportune» et «dangereuse» de Nicolas Sarkozy, officialisée en fin de semaine lors du sommet de Strasbourg et Kehl.
Dénonçant une nouvelle fois «une rupture avec l'héritage gaulliste» et avec «un consensus français», il a vu dans cette décision «à contretemps», «à contresens» et à «contre-emploi» le «risque d'un amoindrissement de la voix de la France» dans le monde.
L'ancien ministre des Affaires étrangères a jugé que cette décision allait «dans le sens d'une militarisation des relations internationales» et adressait un «signal d'occidentalisation» de la diplomatie française, à l'opposé de sa vocation traditionnelle de «trait d'union entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud». Prenant l'exemple de l'Afghanistan, il a mis en garde contre la «dérive dangereuse» vers une OTAN «bras armé de l'Occident».
Il s'est montré très dubitatif sur les chances de Nicolas Sarkozy de «codiriger» l'Alliance, «organisation militaire sous l'égide des Etats-Unis»: «le temps de la photo, il sera effectivement à la gauche ou à la droite du principal responsable, mais pour ce qui est de l'influence, c'est une chose beaucoup plus complexe». Selon lui, «on peut être l'alchimiste de toutes les transfigurations, mais on ne transforme pas la réalité».
Estimant qu'aucun progrès n'avait été fait sur l'Europe de la défense, il a réclamé des «gestes forts et concrets» sous la forme d'une réunion des Européens «très rapidement» après le sommet de Strasbourg.
Dominique de Villepin a insisté sur la responsabilité de Nicolas Sarkozy devant l'histoire: «voilà un acte qui suivra le président de la République et il est comptable des conséquences de cet acte».
L'ancien premier ministre n'a éludé aucune question de la salle, ne ratant pas une occasion de se payer son rival. Il a ainsi ironisé sur la menace de la chaise vide au sommet du G-20. «Barack Obama et Gordon Brown ont rappelé que Nicolas Sarkozy serait présent des hors-d'oeuvre au dessert. Je crois que la feuille de route est clairement fixée», a-t-il raillé.
En réponse à une question sur la crise, il a insisté sur «l'exigence de justice sociale», critiquant «l'approche technocratique» qui a consisté à maintenir le bouclier fiscal.
Dominique de Villepin, dont l'avenir politique est suspendu au jugement du tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire Clearstream, s'est montré moins disert sur ses éventuelles ambitions pour la présidentielle de 2012. «Merci de me faire confiance», a-t-il répondu à une étudiante qui exprimait son désir de voter pour lui.
«L'élection, ce sont des circonstances qui font qu'elle devient naturelle. Croyez bien, je serai à ce rendez-vous», a-t-il confié un peu plus tard aux journalistes.
«Nous aurons d'autres occasions de nous retrouver avec Dominique, soyez-en sûrs», a conclu le député Georges Tron, l'un des organisateurs de la rencontre. Jean-Pierre Grand se rappelait quant à lui l'appel de Jacques Chirac en 1976 à Egletons, qui avait précédé la fondation du RPR.
Ce retour n'était cependant pas du goût de tout le monde. «L'inspecteur Villepin a aujourd'hui, une fois de plus, démontré son mépris pour les parlementaires en piétinant une décision déjà prise», a réagi le très sarkozyste Christian Estrosi, ulcéré que «certains députés du groupe cautionnent ces critiques systématiques».
La manifestation restera au Port du Rhin
Libération.fr 1er avril 2009 - OTAN - La préfecture du Bas-Rhin a dévoilé mercredi soir le parcours retenu pour la manifestation anti-Otan qui se déroulera samedi, à partir de 13 heures. Comme annoncé à plusieurs reprises, elle restera circonscrite au périmètre du Port du Rhin. Au départ du parc Desaix, le cortège empruntera la rue Coulaux, la rue du port du Rhin, la route du petit Rhin, le pont Vauban, puis il bifurquera à gauche vers la route industrielle du Havre et remontera la rue du Rhin Napoléon pour revenir vers le parc Desaix. Soit une boucle de 7 à 8 kilomètres qui pourrait être parcourue par plusieurs dizaines de milliers de manifestants anti-Otan, selon les organisateurs. Ceux-ci avaient réitéré dans la matinée, lors d'une conférence de presse, leur souhait de pouvoir pénétrer en ville, au moins dans les quartiers sud. Arielle Denis, du Mouvement de la paix, a qualifié d'"inadmissible" le parcours proposé par la préfecture et officialisé ce soir. Au Parc Desaix, où des prises de paroles sont prévues, les manifestants doivent être rejoints par des cortèges venus d'Allemagne. Faisant référence aux blocages de militants aux frontières constatés ces derniers jours, Rainer Braun, de la coordination internationale anti-Otan, leur conseille de franchir le Rhin "avec un drapeau de la paix dans une main et et leur carte d'identité dans l'autre". 600 organisations de 33 pays soutiennent les manifestations organisées à Baden-Baden et à Strasbourg à l'occasion du sommet, a-t-il rappelé. T.C.
Rejet des recours contre les mesures de sécurité à Strasbourg
Reuters 1er avril 2009 - Le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté mercredi les six recours introduits par des habitants de la ville contre les mesures de sécurité mises en place pour le sommet de l'Otan, vendredi et samedi, a-t-on appris auprès des avocats.
Les dispositions contestées concernaient les restrictions à la liberté de circulation dans les zones où se déroulera le sommet, le fichage des 40.000 habitants de ces zones sans déclaration auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) ou la multiplication des caméras de surveillance dans la ville.
Concernant la création des fichiers, "le magistrat constate une illégalité manifeste mais refuse de prendre des mesures en considérant qu'il n'y a pas d'urgence", a déclaré Me Nohra Boukara qui intervenait au nom de la Ligue des droits de l'homme.
S'agissant des zones de sécurité et autres mesures d'exception, le tribunal considère qu'eu égard aux menaces qui pèsent sur le sommet, il n'y a pas "d'atteinte disproportionnée aux libertés fondamentales", lit-on dans un jugement obtenu par Reuters.
Le syndicat des avocats de France a réagi par la voix de son président Jean-Louis Borie, en s'interrogeant dans un communiqué "sur l'effectivité du rôle du juge administratif en matière de défenses de libertés publiques".
"Cela pourrait être qualifié de déni de justice", ajoute-t-il à propos de la décision sur les fichiers.
Vingt-huit chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus dans la capitale alsacienne pour ce sommet qui marquera le 60e anniversaire de l'Alliance atlantique.
Près de 10.000 policiers et gendarmes ainsi que d'autres militaires seront mobilisés. Les opposants à l'Otan comptent de leur côté réunir 20.000 personnes pour une manifestation samedi après-midi.
Otan : les référés rejetés
Libération.fr 1er avril 2009 - OTAN - Les six référés liberté examinés hier par le tribunal administratif de Strasbourg ont été rejetés aujourd'hui. Des citoyens et la Ligue des droits de l'homme contestaient, à l'occasion du sommet de l'Otan, l'installation de nouvelles caméras de vidéosurveillance, la mise en place de zones de sécurité limitant la liberté de circulation et la création d'un fichier informatique recensant les habitants de ces zones. Il est "légitime et indispensable que des mesures de sécurité à l'échelle des menaces proférées et des expériences du passé soient prises", a notamment estimé le président du tribunal. Par ailleurs, un autre référé liberté devrait être introduit, concernant le refus d'entrée sur le territoire national de ressortissants allemands, bloqués à la frontière depuis mardi alors qu'ils acheminaient à Strasbourg la cuisine roulante végétalienne du camp anti-Otan installé au sud de la ville."La bonne raison que les autorités avaient d'empêcher ces dangereu-ses-x terroristes d'entrer sur le territoire français est qu'il transportaient des armes : des couteaux de cuisine !", raille la coordination anti-Otan : "Par cette décision, les autorités tentent d'affamer la contestation. D'autres personnes furent interdites de territoire sous prétexte de clous, de marteaux et autres outils nécessaires à la construction du village".En guise de protestation, les manifestants anti-Otan se sont rendus sur le pont de Kehl, où les attendait un imposant cordon de policiers allemands en tenue anti-émeute. La circulation entre la France et l'Allemagne a été bloquée pendant quatre heures. T.C.
"Solidaires contre le cirque sécuritaire"
Libération.fr 1er avril 2009 - OTAN - La "parade solidaire contre le cirque sécuritaire" a silloné mercredi les rues de Strasbourg, pour protester pacifiquement et drolatiquement contre le 60e sommet de l'Otan, qui s'ouvrira vendredi. Du quartier de l'Esplanade à la salle du Molodoï, une cinquantaine de clowns-jongleurs et deux fois plus de militants ont défilé dans un joyeux chambard, improvisant happenings et simulations de "sécurisations" de sites. Rue d'Austerlitz, un groupe qui voulait se détacher du cortège principal pour se diriger vers le centre ville a été bloqué par des policiers en civil. Un peu plus loin, pont du Corbeau, le Parti de gauche et le mouvement des Drapeaux de la paix "enchaînaient" quatre "prisonniers" vêtus de combinaisons orange et cagoulés : "Une reconstitution historique pour montrer le vrai visage de l'Otan, les prisons illégales".
La mission mondiale nauséabonde de l’OTAN
Diana Johnstone - Mondialisation.ca, Le 29 mars 2009
L’OTAN, le bras principal à l’étranger du complexe militaro-industriel des Etats-Unis, ne fait que s’étendre. Sa raison d’être originale, le bloc soviétique supposé menaçant est mort depuis 20 ans. Mais à l’instar du complexe militaro-industriel lui-même, l’OTAN est maintenue en vie et continue de croître par des intérêts économiques bien établis, l’inertie institutionnelle et un état d’esprit officiel proche de la paranoïa, avec des groupes de réflexion qui cherchent désespérément des « menaces ».
Ce mastodonte s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire en avril, sur le Rhin, dans les villes jumelles de Strasbourg (en France) et de Kehl (en Allemagne). Le président français, Nicolas Sarkozy, de plus en plus impopulaire, offre un cadeau exceptionnel : le retour de la France dans le « commandement intégré » de l’OTAN. Cet événement bureaucratique, dont la signification pratique reste peu claire, fournit aux chœur des fonctionnaires et des éditorialistes OTANolâtres de quoi s’enorgueillir. Voyez ! Ces idiots de Français ont reconnu leur erreur et sont rentrés au bercail.
Sarkozy dit les choses autrement. Il affirme qu’en rejoignant le commandement de l’OTAN l’importance de la France s’accroîtra, en lui donnant de l’influence sur la stratégie et les opérations d’une Alliance qu’elle n’a jamais quittée et pour laquelle elle a continué de contribuer plus que sa part en forces armées.
Le défaut dans cet argument est que c’était le contrôle total et inébranlable des Etats-Unis sur le commandement intégré de l’OTAN qui persuada en premier lieu le Général Charles de Gaulle à le quitter, en mars 1966. De Gaulle ne le fit pas sur un coup de tête. Il avait essayé de changer le processus de prise de décision et avait découvert que c’était impossible. La menace soviétique avait diminué et de Gaulle ne voulait pas être attiré dans des guerres qu’il pensait inutiles, comme les efforts étasuniens de gagner la guerre en Indochine et que la France avait déjà perdue et considérait ingagnable. Il voulait que la France soit capable de poursuivre ses propres intérêts au Proche-Orient et en Afrique. D’autre part, la présence militaire des Etats-Unis en France stimulait les manifestations « Yankee go home ». Le transfert du commandement de l’OTAN en Belgique satisfaisait tout le monde.
Le prédécesseur de Sarkozy, Jacques Chirac, étiqueté à tort par les médias étasuniens comme « anti-américain », était déjà prêt à rejoindre le commandement de l’OTAN s’il pouvait obtenir quelque chose de substantiel en retour, comme le commandement de l’OTAN en Méditerranée. Les Etats-Unis refusèrent platement.
A la place, Sarkozy accepte des miettes : l’affectation d’officiers supérieurs français à un commandement au Portugal et dans quelques bases d’entraînement aux Etats-Unis. « Rien n’a été négocié. Deux ou trois officiers français supplémentaires en position de recevoir des ordres des Américains ne changeront rien », a observé l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, lors d’un récent colloque sur la France et l’Otan. Sarkozy a annoncé ce retour le 11 mars, six jours avant que cette question ne soit débattue par l’Assemblée Nationale. Les protestations de gauche comme de droite seront vaines.
Il semble qu’il y ait deux causes principales à cette reddition inconditionnelle.
L’une est la psychologie de Sarkozy lui-même, dont l’adoration pour les aspects les plus superficiels des Etats-Unis s’est exprimée dans son discours embarrassant devant le Congrès des Etats-Unis en novembre 2007. Sarkozy est peut-être le premier président français qui semble ne pas aimer la France. Ou, du moins, qui semble préférer les Etats-Unis (par ce qu’il regarde à la télévision). Il peut donner l’impression d’avoir voulu être le président de la France, non pas par amour pour son pays, mais par vengeance sociale contre lui. Depuis le début, il s’est montré pressé de « normaliser » la France, c’est-à-dire, de la refaçonner en accord avec le modèle américain.